Cyprien et Hugo : Jeux interdits.


Ces deux-là, tous les moins de 20 ans les connaissent. Leurs vidéos, -trois ou quatre minutes filmées artisanalement sur fond de chambre d’ado ou de studio d’étudiant en désordre -, s’arrachent sur Facebook et Youtube entre deux révisions du bac. Guère plus âgés que leur fan club, ces Gad Elmaeh du pauvre, -la toile est leur Zénith à eux-, experts de l’autodérision, font  hurler de rire toute une génération.

Mais la divine surprise est ailleurs, inespérée pour une classe d’âge qui a tété au biberon le jus du politiquement correct, et que d’aucuns croyaient avoir définitivement ficelée.  Parce qu’ils sont de vrais humoristes, donc à l’affût de tous les ridicules du temps, et parce qu’étant tout jeunes, ils ne répugnent pas à un peu de provocation envers l’ordre établi, « Cyprien » et « Hugo tout seul »,  avec leurs têtes hirsutes, leurs sketches foutraques et leurs vannes de Quick et Flupke montés en graine, osent faire la peau à quelques tabous.

Cyprien, dans « C’était mieux avant», n’y va pas avec le dos de la cuillère : « C’était mieux avant, quand on payait en francs ». Ben voilà c’est dit. Et de faire rigoler ceux qui étaient pourtant en classe maternelle au moment du passage à l’euro de l’inflation délirante de la baguette de pain.

« Hugo tout seul », dans « J’ai toujours voulu être noir », y va lui aussi assez franco : « Je ne sais pas pourquoi, depuis que je suis tout petit, j’ai toujours eu le sentiment qu’être blanc, c’était la loose…. Enfin, si, je sais pourquoi : c’est d’abord à cause de la télé et du cinéma : tu prends les duos noirs-blancs, le « renoi », c’est toujours le mec le plus cool (…). Sans déconner, aujourd’hui t’as pas trop, trop le droit d’être fier d’être blanc : par exemple « M6 black », personne n’est choqué, on est d’accord.  Mais « M6 white », (« du son blanc, fait par des blancs, pour des blancs !»), euhhh…. Je ne sais pas si ça passerait aussi bien… ». Et plus loin : «La preuve qu’il y a quand même un problème : Vous voyez ça : « Je suis fier d’être noir ! », vous pensez  mélange culturel, avenir, Obama, et quand vous voyez ça : « Je suis fier d’être blanc ! », vous pensez : Cet homme est un gros connard qui vote Le Pen ! Raciste ! On va te tuer ta mère ! ».

Ce que c’est que l’inconséquence de  la jeunesse. Attention petits chenapans, jeux dangereux. Il y en a qui sont en passe de se faire virer de RTL  pour (presque) moins que cela.

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17 filles… et si ce n’était que du cinéma ?

C’est la question vacharde que se posent déjà les officines féministes en pinçant les lèvres et en regardant de travers Hollande.

Et pourtant le garçon a fait des efforts, s’est gratté la tête, a raclé les fonds de tiroir pour  respecter la sainte parité, à se demander si sur la fin il n’a pas ouvert au hasard les pages jaunes, ou fait la plouffe  dans le fichier adhérents  du PS. C’est en tout cas ce que l’on a pu imaginer en voyant  Michèle Delaunay, nouveau ministre délégué chargé des Personnes âgées et de la Dépendance tomber des nues,  la main sur la poitrine palpitante et le ton  de voix ému et mouillé d’une gagnante du loto « qui ne s’y attendait vraiment pas » et qui ne sait pas encore quoi faire de son pactole.

Mais les féministes, l’air grognon, ont déclaré que cela n’allait pas encore. Selon le manifeste « Osez le féminisme », les femmes seraient notamment par trop cantonnées dans des ministères gneugneux : la famille, la santé, le grand âge… cela sent le tablier blanc et la cornette empesée. Quant à la photo des 17 donzelles tout sourire, exhibées sur le perron de l’Elysée, elle relevait carrément d’une indécente « instrumentalisation ».

Réjane Sénac, chercheur au CNRS et auteur de La parité est même très méfiante : « La parité quantitative n’est pas forcément synonyme d’égalité, (…), même s’il y a autant de femmes que d’hommes, le pouvoir reste viril et s’il y a un partage équilibré en terme de quantité, il n’en reste pas moins asymétrique. »Selon elle, les lauréates auraient été choisies essentiellement pour leur cumul de différences, la proportion de femmes issues  « de la diversité », (Christiane Taubira,  Najat Vallaud Belkacem ,George Pau-Langevin, Fleur Pellerin ou encore Yamina Benguigui), étant bien plus importante que celle des hommes. Autrement dit,  François Hollande s’est cru malin en faisant d’une pierre deux coups, et, finalement, cela fait mauvais genre. Ces dames, figurez-vous,  veulent être de vrais ministres, pas des cases que l’on coche, non mais ! Il ne manquait plus qu’elles aient été lesbiennes et il y aurait eu tiercé gagnant.

Parlons en justement des lesbiennes. Fumasses elles aussi. Car après les 17 filles, il y a eu le 17 mai, la journée contre l’homophobie : Scandale, les lesbiennes seraient sous représentées par rapport à leurs homologues masculins au sein du mouvement LGBT (Lesbienne-gai-bi-trans), avec pour conséquence « un faible poids dans les prises de décision concernant les revendications politiques et l’avenir du mouvement ». Finalement, la population gay serait aussi sexiste que les vulgaires machos hétéros.

La révolte gronde, on ne peut décidément plus faire confiance à personne, même plus aux homos ni aux socialos.

Bref, si François Hollande pensait pouvoir rentrer à peu de frais dans les petits  papiers des féministes, il se fourrait le doigt dans l’œil. Et parvenir à satisfaire conjointement les insatiables aspirations des lobbies qui l’ont soutenu, (du féminisme, de l’homosexualité et de la diversité), va peut-être s’avérer aussi compliqué que de résoudre la crise.

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Je parle donc je suis, ou les ravages du bavardage.

Dans la liste des fléaux qui s’abattent actuellement sur l’école, on connaît déjà le racket, la violence ou la drogue. Il en est un autre que l’on oublie souvent, tant il paraît inoffensif, presque gentillet : Le bavardage.  Dans un court essai teinté d’humour, cette normalienne professeur de philosophie vient dénoncer ce fléau des salles de classes, ce bourreau des profs, ce dictateur capricieux aussi impalpable et anonyme qu’une rumeur, cette hydre à trente têtes flanquée de ses deux hypocrites gardes du corps nommés « Yapakmoi ! » et  « Jparlèpa !» qui roulent toujours de grands yeux indignés.

Florence Ehnuel, on le pressent très vite, n’a pourtant rien d’un sévère professeur réactionnaire. Elle avoue même ingénument  avoir saintement tenu 15 ans dans l’enseignement avant de se résoudre à infliger se première punition, 15 ans durant lesquels elle a été rongée par une culpabilité sourde secrète. Car le bavardage a ceci de commun avec le viol que la victime, confusément honteuse, n’ose souvent pas se plaindre : Si mes élèves bavardent, c’est ma faute, je n’ai pas « d’autorité naturelle », cette fameuse autorité naturelle censée remplacer par son seul charisme depuis vingt ans les lignes à copier, les interros surprises, les mots dans le carnet de correspondance et les heures de colle.

Sauf que voilà, le cave se rebiffe. Florence Ehnuel en a sa claque. Elle fait comme elle le dit son coming out : oui, « je suis une « prof bavardée », en s’interrogeant « En luttant pour que l’attention l’emporte sur la distraction, suis-je un dinosaure qui appartient à un monde révolu ou suis-je en train de défendre des valeurs universelles qui restent d’actualité pour toute activité intellectuelle voire pour tout travail suivi ? ». Marre de cette génération du bruit qui porte sa logorrhée en bandoulière comme son Eastpak, ces adolescents pour lesquels la parole est un « besoin naturel » et qui ne maîtrisent pas plus leur langue que dans leur prime enfance leur sphincter, assez des parents que cette incontinence n’émeut pas outre mesure, (plutôt contents, même, de constater que leur enfant n’est pas, tare suprême de notre société de communication, un timide introverti). Bref, ras le pompon de la philosophie du « Je parle donc je suis ».

« Le bavardage, parlons en enfin » par Florence Ehnuel

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Le Flamby plutôt que le flambeur : On dit merci qui ?

Dans ce discours de victoire très remise des césars, -« Je voudrais remercier les électeurs, les français, la Corrèze, les militants, vous tous qui êtes là ce soir…etc »-, Françoise Hollande a fait preuve hier soir d’une vraie ingratitude. Il a oublié une femme. Non pas « sa compagne Valérie » comme ils disent, ni Ségolène candidate malheureuse d’il y a cinq ans et mère de ses enfants, ni Martine ancienne rivale bonne joueuse qui n’a fait montre, (apparemment), d’aucune amertume pendant la campagne. Ni même Chantal ou Nathalie, les deux coquettes du camp d’en face, qui par leurs inconséquentes déclarations ont  écarté une partie de l’électorat FN qui aurait pu avoir des velléités de voter Sarkozy, mais une autre, sans laquelle rien n’aurait pu être possible : Il s’agit de Nafissatou bien sûr. Comment une modeste femme de ménage à  New-York a-t-elle pu décider du nom du nouveau Président de la République française ? L’effet papillon appliqué à la politique sans doute.

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Tempête (électorale) dans un bénitier.

Dans le monde catho, et même « catho-tradi-vieille droite », c’est l’effervescence : « Votez Sarko ! », « Votons Sarko ! », « Il faut voter Sarko ! ». Chaque jour, dans ma boîte de messagerie, un tombereau de courriels me demande, m’ordonne, me démontre, me supplie, me somme de voter Sarko. Ce sont des dizaines de figures pensantes du milieu qui se fendent d’une lettre ouverte pour faire leur coming-out : En se pinçant le nez, du bout des doigt, du pied gauche ou en fermant les yeux ils voteront tous Sarko. Le spectacle est assez croustillant : des  maurrassiens rallient celui qui fut,- quand il avait encore le temps d’écrire des bouquins-, l’hagiographe de Georges Mandel*. Des curés invoquant la loi naturelle, des mères de famille versaillaises qui ne voulaient pas voter Le Pen au motif que la dame n’était « pas assez claire » sur la question de l’avortement font à présent campagne pour un candidat qui lui est au contraire extrêmement clair sur le sujet : il est pour, et même plus que ça encore, déclarant en mars dernier au magazine Marie-Claire qui  s’inquiétait de la fermeture récentes de plusieurs centres d’IVG : « L’accès à l’IVG est un acquis majeur et un droit fondamental pour les femmes. J’y suis profondément attaché. Si certains centres ont fermé, d’autres ont vu leur capacité augmenter : au total, nous avons réduit les inégalités d’accès à l’IVG sur le territoire. Nous devons faire évoluer les capacités d’accueil des centres d’IVG pour qu’elles correspondent au mieux aux besoins des femmes. »

Foin de l’objection de conscience, oubliés les « points non négociables ». Sauve qui peut ! On craint pour nos impôts, nos écoles, nos allocations familiales, (comme si Bruno Lemaire, corédacteur du programme de Sarkozy,  n’avait pas été le premier à émettre l’idée de fiscaliser ces dernières et de les soumettre à condition de ressources), on redoute le vote des étrangers, (comme si le statut d’étranger, hélas, n’était pas un statut bien transitoire dans notre pays, comme si certaines villes comme Dreux n’avait pas déjà basculé dans le vote « ethnique » par le seul fait de la politique de  naturalisation, comme si le Président Sarkozy n’avait pas été le premier à faire d’une franco-marocaine musulmane le Garde des Sceaux de la France).

J’ai reçu quinze fois un document archi-confidentiel circulant sous le manteau de la toile,  signé François Hollande et adressé à une loge maçonnique, (sont un peu légers avec le traitement de leur courrier confidentiel ces gens-là),  qui en remontrerait au petit père Combes. Et si François Hollande faisait donner la garde, sauter les paras sur le Vatican et qu’il nous faille rempiler chez les zouaves pontificaux ? Des souvenirs d’enfance me reviennent. Celui notamment de la tête de mon grand-père le soir du 10  mai 1981, quand il croyait dur comme fer que les chars soviétiques allaient finir par débarquer sur les Champs-Elysées. C’est la panique, et la panique rend souvent incohérent.

Mes frères, comme disait qui vous savez, n’ayez pas peur. Qu’avec François Hollande nous nous apprêtions encore à avaler un paquet de couleuvres est une certitude, mais qui pense réellement que l’avenir avec Sarko sera plus jojo ?

* « Georges mandel, le moine de la politique » par Nicolas Sarkozy, éditions Grasset 1994

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Le « sexisme bienveillant » du candidat Sarko.

Il paraît que Nicolas Sarkozy se sent drôlement plus à l’aise qu’en 2007 pour affronter le débat du second tour. La raison ? Les attributs naturels virils  de son adversaire. Il pourra pratiquer le « bourre-pif » qu’il affectionne sans passer pour un goujat, quand dame Ségolène, il y a cinq ans, forçait à un minimum de galanterie.

Il ne devrait pas dire ça trop fort. Comme s’il ne s’était pas mis assez de monde à dos, va en plus fâcher les féministes. Car tout cela bien sûr n’est rien d’autre pour elles que du « sexisme bienveillant », la forme la plus délétère du sexisme.

Explication illustrée : Le 8 mars dernier, par exemple, c’était la journée de la femme. Certaines enseignes, comme Darty ou le fleuriste en ligne Aquarelle, ont cru malin d’essayer de surfer sur l’évènement comme sur une vulgaire fête des Mères: « Offrez un bouquet à la femme que vous aimez ! », « Petit déjeuner au lit, épilation durable sans douleur, détente et shopping… C’est la Journée de la femme ! ». Quelle gaffe. Rien que des lourdauds au service commercial. Offrir des fleurs ce jour-là était au contraire une provocation… et je ne parle même pas du reste : ce que veulent les femmes, -paraît-il-, c’est au contraire sauter du lit dès potron-minet pour aller bosser, et peut-être même, qui sait, cultiver le poil aux jambes, (on connaît déjà, après tout, l’association féministe « La barbe » dont les militantes arborent un bouc postiche pour leurs actions médiatiques). Aquarelle, Darty et les autres devraient naturellement être traînés en justice pour s’être rendus coupables de « sexisme bienveillant ». Le concept a été inventé en  1996, par les chercheurs américains Peter Glick, de l’Université de Lawrence, et Suzan Fiske, de l’Université de Princeton, une forme de sexisme sournois, insidieux, subtil, et encore plus dangereux, selon eux, que son pendant négatif « le sexisme hostile », parce que difficilement identifiable par la femme, voire apprécié par elle donc annihilant toutes ses défenses.

L’expression la plus commune de ce sexisme est la galanterie, ce comportement protecteur tellement insultant pour les femmes qui consiste à leur tenir la porte, à leur céder la place dans les transports en commun à les aider à enfiler leur manteau ou à tirer la chaise pour qu’elles puissent s’y asseoir. Misogyne et gentleman sont devenus synonymes.

La découverte géniale de Fiske et Glick a depuis été largement reprise. Ainsi, Marie Sarlet, de l’Université de psychologie sociale de Liège affirme : « Une phrase comme « Les femmes et les enfants d’abord » ne constitue pas a priori un énoncé négatif à l’égard de la femme. Pourtant, elle est le support de discriminations subtiles qui contribuent à asseoir la domination des hommes. Elle relève donc bel et bien du sexisme. »

C’est sans doute par souci de ne pas se rendre coupable de sexisme bienveillant, d’éradiquer cette coutume archaïque et misogyne, que le pacha du Concordia s’est précipité dans la première chaloupe mais semble-t-il notre monde machiste ne lui en a pas tellement été reconnaissant.

Certains esprits grognons ne manqueront de se demander si le système du quota, cette façon de tenir grandes ouvertes les portes pour les femmes comme si elles n’étaient pas assez grandes pour les franchir sans aide, pas capables de rentrer dans telle ou telle filière professionnelle par leurs mérites propres n’est  pas aussi une forme de sexisme  bienveillant. Et surtout si l’on ne peut pas décliner la « découverte » de Fiske et Glick à d’autres segments supposés opprimés de la population. La discrimination positive, par exemple, paternaliste et vaguement condescendante, n’est-elle pas une forme de « racisme bienveillant » ?

Quoi qu’il en soit, le 8 mars dernier, la meilleure façon de rendre hommage aux femmes était donc, messieurs, vous l’avez compris de leur claquer la porte au nez, de poser scrupuleusement la division par 2 sur la nappe en papier si d’aventure vous deviez déjeuner avec l’une d’entre elles, et devant le vestiaire de la regarder bras croisés se tordre l’épaule dans sa manche pour en trouver la sortie. Votre dulcine vous a-t-elle demandé ce jour-là de déplacer l’armoire normande, de démonter le siphon du lavabo, de changer la roue de la Scenic, de dévisser le pot de cornichons ou encore d’écraser l’énorme araignée planquée derrière le compteur ? C’était un piège, un test, un examen de passage. En toutes occasions, il fallait répondre gentiment en deux mots : « Dém…-toi », et continuer à lire l’Equipe dans le canapé.

(Le 8 mars, désormais, cela va vraiment notre fête).

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Dieu vous garde des femmes.

On n’est jamais mieux trahi que par les siens. Par les siennes devrais-je dire. C’est ce que rumine le magazine ELLE au vu des résultats des dernières élections.

Pour la première fois en effet, les femmes ont été aussi nombreuses que les hommes à voter Le Pen. Un vote asexué qui va dans le sens du gender, non ?  Devriez être contentes, les filles !

Ben non. Dans un article intitulé avec un tantinet de condescendance, « Une partie de l’électorat féminin a cédé à la tentation lepéniste« , -comme si le vote FN était un gros loukoum sucré vers lequel des gourdasses alanguies en robe de chambre à ruchés avaient tendu une main coupable-, On sent que la rédaction peine à garder la distance froide qui sied à un grand journal. Vrai, si elles osaient, elles se lâcheraient : Non mais qui m’a foutu des greluches pareilles ? N’écoutent rien, n’en font qu’à leur tête.  Cette boulette de leur accorder le droit de vote en 45, qu’on leur rende donc leurs gants Mapa !

Et si l’on en croit l’analyse  de Mariette Sineau, directrice de recherche au CEVIPOF, (Centre de recherches politiques de Sciences Po), les perspectives sont mêmes alarmantes puisque si la grande blonde à l’escarpin noir  trouve peu d’écho chez les seniors (seules 9% des femmes de 65 ans et plus ont voté pour elle), elle recueille en revanche une forte audience (près de 25% des voix) auprès des 25-34 ans et des 35-49 ans.

Bref, pour ELLE, l’heure est grave : Si le magazine ne change pas radicalement de ligne, il risque bien de se muer très vite en supplément féminin de Notre temps.

Michel de Saint Pierre avait raison, Dieu vous garde des femmes.

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Le blues de la jeune mariée.


Depuis deux mois, les salons du mariage battent leur plein. Pour un mariage dans l’été, il est plus que temps de s’y mettre. Des centaines de jeunes femmes fébriles, – on ne parle plus de jeunes filles-, arpentent les allées à la recherche du détail original et suprêmement raffiné qui fera du jour J un évènement inoubliable supplantant les réceptions de leurs copines. Mais attention, méfiance, gare à la gueule de bois du lendemain. Le journal Libération vient de le révéler dans un article intitulé « Après les cloches, le bourdon », ne se faisant en cela que l’écho de multiples forums féminins : On a découvert,  chez une population inattendue, une nouvelle forme de déprime : le «burn out »  des jeunes mariées. Passées les agapes, elles seraient de plus en plus nombreuses à sombrer dans la déprime.

Après des semaines d’essayage de robe, de multiples passages chez le coiffeur à la recherche DU chignon glamour, de tergiversations sur la couleur du cortège et des nappes, et de calligraphie appliquée pour les faire parts et les plans du dîner avec son cortège de dilemmes cruciaux (et les tables, on leur donne le  nom d’îles des Seychelles ou de films de Bébel?), c’est le grand vide, le trou noir.

Pour expliquer ce curieux phénomène, un sociologue et une psychanalyste tombent d’accord : «Le mariage était un passage nécessaire pour tout jeune couple qui souhaitait vivre ensemble, expose Jean-Claude Kaufmann. Aujourd’hui, il a perdu son caractère obligatoire, mais reste un marqueur symbolique. Cet engagement (…) ne se matérialise plus par l’emménagement sous le même toit, mais par une fête, une célébration qui annonce la volonté de se projeter dans l’avenir à deux.» Sophie Cadalen complète : «[Le mariage] est vécu aujourd’hui comme une mise en scène : une vitrine sociale obligée. Les mariés sont comme des comédiens qui investissent des rôles et le répètent pendant des mois. Mais à force de privilégier l’événementiel, on néglige l’intimité de cette fête. Une fois la représentation terminée, la pression se relâche et la déprime comble ce vide.». Pour la faire courte, le mariage a été vidé de son contenu, le jour J n’est plus qu’un (coûteux) décor de Disneyland pour planquer un néant abyssal. Comme des mètres de papier de soie et de bolduc doré que l’on déploierait, le jour de Noël, pour refourguer aux enfants de vieux jouets usés traînant dans leur chambre depuis des années. Forcément, il y aurait de quoi leur filer le cafard. Pour la jeune femme moderne, le mariage est un vieux truc d’occasion dont elle a déjà fait le tour mais auquel elle pensait dur comme fer pouvoir redonner du lustre en le remballant dans une belle boîte. Mais non, rien n’y fait, déception totale. Car la réalité est là : des années que l’on vit ensemble… Forcément, on a beau en faire des tonnes, louer un hélicoptère pour la sortie de la messe ou porter un diadème comme Kate et Charlène, il faudra bien, tôt ou tard, regagner son deux-pièces à Colombes avec les deux brosses à dent trempant dans le même gobelet, et même une nuisette toute  neuve ou une semaine à l’autre bout du monde, (offerte en lieu et place de la traditionnelle liste de mariage puisque bien sûr on a déjà monté tout son ménage), ne sauraient rendre la nervosité joyeuse, l’émotion, l’impatience, les découvertes d’une union sans cohabitation préalable.

C’est si vrai que les « wedding planners », comme on appelle ces sociétés d’événementiel spécialisées dans l’organisation des noces,  recommandent désormais aux futurs mariés de se séparer quelques semaines avant le jour J, de retourner par exemple chacun chez papa et maman dans leur petit lit étroit d’adolescent avec l’ours en peluche sur le couvre-lit et le poster de cheval sur le mur, histoire d’aiguiser un peu les sentiments, de développer le romantisme bref d’éviter le désenchantement.

C’est aussi ce que préconisent les curés depuis bien longtemps. Preuve que l’Eglise est un wedding planner plutôt performant. Et un poil plus économique que les autres avec ça.

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Le chagrin de Lionel et la nuit de Delphine…Bonjour tristesse.



Quels points communs y a-t-il entre Le chagrin de Lionel Duroy et Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan?

On les trouve sur  les tables de chevet des ménagères de moins de 50 ans, toutes csp confondues, qui s’essuient le coin de l’œil de leur kleenex en boule, le soir, en lisant avec gourmandise un chapitre.

Ils procèdent l’un et l’autre de « l’auto fiction », genre littéraire moderne mélangeant passé et présent, vrais souvenirs et fausses impressions, arrêt sur image et flou artistique, dans une sorte d’autobiographie «libre » qui refuserait de se soumettre  à la rigueur des faits. Les deux auteurs se regardent écrire et intercalent périodiquement leurs récits de retours soudains sur la souffrance de la production littéraire et leur douleur physique à accoucher de leur œuvre.

Ces  livres s’étendent sur deux générations de familles françaises nombreuses de droite, (de la fin de la dernière guerre à nos jours), avec cette idée en filigrane que les turpitudes douloureuses des enfants seraient expliquées et excusées par celles insidieuses et hypocrites de leurs parents. Tous les deux débutent comme Treize à la douzaine, dans le charme doux et suranné des culottes courtes et des socquettes blanches, pour virer rapidement au psychodrame feutré Mauriacien puis enfin à la décrépitude façon Houellebecq.

On ne niera pas une vraie qualité de plume des deux auteurs, non plus qu’un certain intérêt à leurs histoires qui ouvrent une vraie interrogation : Comment, en 50 ans, peut-on passer de La famille aux petits oignons aux Particules élémentaires ? Si Duroy, (pas journaliste de Libé pour rien), fonce tête baissée pour agiter le spectre de la collaboration, péché originel dont découlent tous les autres, alpha et omega, comme chacun le sait, de la vilénie de ce monde, Vigan ne se laisse pas aller à une analyse aussi facile. L’explication d’une telle descente aux enfers est à chercher ailleurs, à l’appréciation du lecteur. (Tiédeur par exemple puis disparition d’une religion de façade incapable de résister au tsunami mai 68 ?).

Mais au-delà de leur propre contenu, ils sont surtout emblématiques du virage résolument trash pris par la littérature française et peut-être même occidentale, (confer le succès du très noir Millenium),  ces dernières années. Comme si la société ne pouvait plus être vue que le trou de la serrure des cabinets un jour d’épidémie de gastro. Comme si à s’être convaincu que l’on ne faisait pas de littérature avec de bons sentiments, on finissait par s’embourber dans une tourbe si résolument réaliste, -à côté de laquelle Germinal fait figure de Pauvre Blaise -,  qu’elle en devient à la longue improbable. (Même s’il faut reconnaître à l’œuvre de Delphine de Vigan, moins « militante » que celle de Duroy, quelques lucarnes d’espérance : amour fraternel, sentiments maternels, accueil de l’enfant trisomique).

L’appétence des femmes,  (Le chagrin a reçu le prix Marie-claire du « roman d’émotion »), mais aussi des adolescents, (Rien ne s’oppose à la nuit a été couronné lui, par le prix Renaudot des lycéens) pour un tel catalogue de haine, de rancœur, d’adultère, d’inceste, de suicides, de dépressions, d’avortements et autres joyeusetés  en dit-il long sur le moral des unes et des autres ? Bonjour tristesse.

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Les petites comptines de Kery James

Dans l’actualité musicale, ces jours-ci, le nouveau disque du rappeur Kery James, intitulé Lettre à la république. Il sort le 2 avril. Kery, (de son vrai nom Alix Mathurin), est né en 1977 à Pointe-à Pitre de parents haïtien, il a grandi dans les Yvelines et s’est converti à l’Islam il y un peu plus de dix ans.

C’est le retour de Kery James après une condamnation en 2009 à dix mois de prison avec sursis pour agression sur la personne d’un autre rappeur. Il avait alors annoncé  son désir de quitter la France. (« Dans ma vie, il y a des choses plus importantes que ma carrière, la spiritualité, par exemple [...] Je vais m’absenter deux ou trois ans à l’étranger pour ensuite revenir, mais je ne sais pas encore sous quelle forme artistique. Je pense aller au Moyen-Orient », avait-il notamment confié au quotidien 20 minutes).

Kery James est donc revenu et entame une série de concerts à travers le pays comme une gentille petite Chantal Goya, notamment aux Bouffes du Nord à Paris durant tout le mois d’avril  et, le 14 juillet,  aux Francofolies de La Rochelle. Mais il est vrai que Kery James est loin d’être un rappeur « underground » comme l’on dit, il s’est déjà produit sur de nombreuses grandes scènes, (Olympia, Stade de France, Bataclan…), et a aussi fait des duos avec des sommités telles que Grand Corps Malade ou même Charles Aznavour.

Le moins que l’on puisse dire pourtant est que Lettre à la République, (confer paroles ci-dessous),  ne va pas tellement dans le sens de l’unité et la cohésion nationales chères à François Bayrou.

Mais comme apparemment en haut lieu nul ne semble s’inquiéter des effets possibles de telles petites comptines sur des esprits fragiles ou passablement… nerveux, c’est qu’il ne faut pas se faire de bile, n’est-ce pas ?

Lettre à la République :

A tous ces racistes à la tolérance hypocrite
Qui ont bâti leur nation sur le sang
Maintenant s’érigent en donneurs de leçons
Pilleurs de richesses, tueurs d’africains,
Colonisateurs, tortionnaires d’algériens
Ce passé colonial, c’est le vôtre
C’est vous qui avez choisi de lier votre histoire à la nôtre
Maintenant vous devez assumer
L’odeur du sang vous poursuit même si vous vous parfumez
Nous les arabes et les noirs, On n’est pas là par hasard
Tout arrivé à son départ …


Vous avez souhaité l’immigration
Grâce à elle vous vous êtes gavés jusqu’à l’indigestion
Je crois que le France n’a jamais fait la charité
Les immigrés ce n’est que la main d’œuvre bon marché
Gardez pour vous votre illusion républicaine
De la douce France bafouée par l’immigration africaine
Demandez aux tirailleurs sénégalais et aux harkis
Qui a profité de qui ?
La république n’est innocente que dans vos songes
Et vous n’avez les mains blanches que dans vos mensonges
Nous les arabes et les noirs, On n’est pas là par hasard
Tout arrivé à son départ …

Mais pensiez-vous qu’avec le temps
Les négros muteraient et finiraient par devenir blancs
Mais la nature humaine a balayé vos projets
On ne s’intègre pas dans le rejet
On ne s’intègre pas dans les ghettos français
Parqués, entre immigrés, faut être sensé,
Comment pointer du doigt le repli communautaire
Que vous avez initié depuis les bidonvilles de Nanterre
Pyromanes hypocrites
Votre mémoire est sélective
Vous n’êtes pas venus en paix
Votre histoire est agressive
Ici, on est mieux que là-bas, on le sait,
Parce que décoloniser, pour vous, c’est déstabiliser
Et plus j’observe l’histoire ben moins je me sens redevable
Je sais ce que c’est d’être noir depuis l’époque du cartable
Bien que j’n'sois pas ingrat je n’ai pas envie de vous dire merci
Parce qu’au fond, ce que j’ai, ici, je l’ai conquis,
J’ai grandi à Orly dans les favelas de France
J’ai fleuri dans les maquis
Je suis en guerre depuis mon enfance
Narco trafic, braquages, violence, crimes
Que font mes frères si ce n’est
Des sous comme dans Clearstream

Qui peut leur faire la leçon, vous ?
Abuseurs de biens sociaux, détourneurs de fond
De vrais voyous en costard, bandes d’hypocrites
Est-ce que les français ont les dirigeants qu’ils méritent
Au cœur des débats, des débats sans cœur
Toujours les mêmes qu’on pointe du doigt
Dans votre France des rancœurs
En pleine crise économique il faut un coupable
Et c’est en direction des musulmans que tous vos coups partent
Je n’ai pas peur de l’écrire
La France est islamophobe
D’ailleurs plus personne ne se cache
Dans la France des xénophobes
Vous nous traitez comme des moins que rien
Sur vos chaînes publiques
Et vous attendez de nous
Qu’on s’écrie « Vive la République »
Mon respect s’fait violer au pays dit des droits de l’Homme
Difficile de se sentir français
Sans le syndrome de Stockholm

Parce que moi je suis noir, musulman, banlieusard et fier de l’être
Quand tu me vois
Tu mets un visage sur ce que l’autre France déteste
Ce sont les mêmes hypocrites
Qui nous parlent de diversité
Qui expriment leur racisme sous couvert de laïcité
Rêvent d’un français unique
Avec une seule identité
S’acharnent à discriminer
Les mêmes minorités
Face aux mêmes électeurs
Les mêmes peurs sont agitées
On oppose les communautés
Pour cacher la précarité

Que personne ne s’étonne
Si demain ça finit par péter
Comment aimer un pays
Qui refuse de nous respecter
Loin des artistes transparents
J’écris ce texte comme un miroir
Que la France se regarde
Si elle veut s’y voir
Elle verra s’envoler
L’illusion qu’elle se fait d’elle-même
Je ne suis pas en manque d’affection
Comprends que je n’attends plus qu’elle m’aime

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