Et les militaires on les trouve où ? Dans une pochette surprise?

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Ils sont beaux tous les deux, Bernard et Nicolas,  main dans la main, leur idéal en bandoulière,  Montaigne et La Boétie  unis pour la même belle cause. D’ailleurs ils sont presque alliés de famille : Ben oui, souvenez-vous, Carla, l’épouse du premier, se trouve être la mère de l’enfant de l’ex-gendre du second. Vous n’avez pas tout suivi ? Relisez le lentement. Une parentèle un peu tuyau de poêle, je vous l’accorde. Mais au-delà du lien familial, c’est surtout un bel altruisme, porté par des accents lyriques « Si Kadhafi prend Benghazi, l’immense drapeau française qui flotte sur la corniche sera littéralement éclaboussé du sang des martyrs lybiens »qui les a enjoints à voler au secours du peuple lybien.

Pardon de ramener tout ce beau monde en lévitation à des préoccupations bassement arithmétiques mais leurs militaires, sans rire, ils vont les trouver où ?

Des années que l’on fait des coupes franches dans le budget de la défense, (les seuls à ne pas râler, forcément, c’est tentant), Mais on continue de les projeter gaiement aux quatre coins du monde en faisant mine de ne pas voir que leurs effectifs ont fondu comme neige au soleil. Manquait plus que la Lybie. On peut avoir la vocation militaire, un bel idéal et apprécier de voir de temps à autre ses enfants. Il se dit que dans certains régiments, les milis commencent à traîner la patte. Ras le képi de toutes ces longues absences, qui, faute de relève suffisante, reviennent de façon incessante. Leurs aînés, ceux qui ne sont pas assez vieux pour avoir fait la guerre d’Algérie et pas assez jeunes pour avoir fait celle du Golfe et des Balkans, ceux de la génération « guerre froide » qui n’ont connu d’autres « opex » que trois semaines de manœuvres dans les camps de Suippes ou de Mourmelon leur claquent de grandes bourrades dans le dos : « Vous en avez de la chance, les gars ! » » Ah, ça trop de chance…Six mois loin de chez soi, et on est à peine rentré que le tour revient déjà. Et hop, encore six mois.

Et si d’aventure Sarkozy  prend goût à ces postures de Charles Bronson dans Un justicier dans la ville et décide de flanquer une dérouillée à tous les tyrans de l’univers, (il paraît que Bachar al Hassad …ce ne serait pas notre devoir, il n’y a pas de raison, d’aller arrêter le massacre ?), sûr qu’ils ne sont pas rentrés. Comment pourraient-ils comprendre, Bernard et Nicolas ?  Car après avoir déclaré la guerre, ils vont tranquillement se glisser douillettement qui dans le lit de Carla, qui dans celui d’Arielle… (Ah non, on me dit que BHL viendrait de la quitter pour  Daphne Guiness l’héritière des bières du même nom). Que leurs soldats, eux, dont ils ont année après année rogné les crédits, fassent vivre à leurs compagnes un destin d’épouse de pêcheur d’Islande, nos deux amis s’en moquent, on s’en doute, comme de leur première Rollex. Pour parvenir à boucler les contingents envoyés en Afghanistan, certains colonels doivent ces derniers temps racler  les fonds de tiroirs, faire des comptes d’apothicaires et gérer tant bien que mal des problématiques de gynécologue en ville ou de juge aux affaires familiales : « Si je repars encore une fois, cette fois, c’est sûr  ma femme se barre», « Nous n’avons pas d’enfant et avons commencé un traitement. Mais si je ne suis jamais là, à quoi  cela sert-il ? ».Et quand l’un d’eux divorce, ce qui arrive très, très souvent, les jeunes femmes modernes ayant assez peu d’appétence pour les héroïnes de Pierre Loti, inutile d’espérer  avoir la garde les enfants. Quel tribunal serait assez fou pour confier ceux-ci à un père qui est toujours absent ?

Certains, ici et là,  les prennent de haut : En voilà des mauviettes ! Et nos anciens alors ? Pendant la Guerre de 14 ? Et celle d’Indochine ? Sauf que pardon bien ! Ceux-là, bien sûr, défendaient la patrie. Insérer «Mort pour la France» dans l’avis de décès d’un pilote de chasse qui tomberait en Lybie relèverait quand même de l’imposture intellectuelle.

Et les américains alors, que devraient-ils dire, qui passent quelquefois jusqu’à un an en Afghanistan? Mais c’est qu’il y a une différence de taille bien sûr ! Et cette différence se résume en un mot : reconnaissance. Les soldats américains bénéficient au moins de la reconnaissance pleine et manifeste de la patrie. Une reconnaissance qui panse bien des plaies. Elle s’illustre par exemple dans le reality show très populaire Coming home  sur le thème du retour du guerrier, ou dans la série télévisée Army wifes qui met en vedette les compagnes restées en base arrière. Elle prend surtout toute son ampleur dans l’hommage vibrant rendu aux morts tombés en Afghanistan.

 En France c’est …,-comment dire ?-, autre chose. Dans un numéro de l’Express du mois de mars, un copain de régiment de Steeve Cocol, mort à 29 ans le 18 juin dernier, se souvient de la une des journaux ce jour là: « C’est tombé en pleine Coupe du monde. Sarkozy et les médias ne parlaient que des Bleus et de leur mutinerie. Rien à foutre de l’Afghanistan. » Mais quelle idée aussi de se faire tuer pendant la coupe du Monde.

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2 réponses à Et les militaires on les trouve où ? Dans une pochette surprise?

  1. Céline dit :

    femme de mili alors d’autant plus sensible à ce coup de gueule !

  2. Gascon dit :

    deux enfants mili et un gendre….. Je partage complétement votre avis pour ne pas dire votre coup de gueule…. je me permets de faire suivre votre article. Merci de l’avoir si bien écrit

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