Vive le Cap-Ferret libre !

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Sus à l’occupation bobo du Cap-Ferret !

Les récents évènements dans les pays du Maghreb conduisent on le sait à une immigration massive. Mais pas seulement, figurez-vous, à Lampedusa. Ce sont nos côtes qui sont aussi prises d’assaut. Par les bobos. Pendant les vacances de Pâques, nos stations balnéaires ont été envahies par tous ceux qui ne pouvaient plus aller se dorer les fesses, -tranquillement, veux-je dire, sans risquer de se les voir prises pour cible par un lance-roquette-, au-delà de la Méditerranée. Prenez le Cap-Ferret : Un vrai couloir de métro un jour de grève. Dire que lorsque j’étais petite, c’était une presqu’île que, passé le Pont d’Aquitaine, personne ne connaissait. Au retour des vacances, la maîtresse me faisait répéter :

-         Tu veux dire Saint-Jean-Cap-Ferrat ?

-         Non. Le Cap-Ferret !

 Et je complétais patiemment comme je l’entendais faire par les grands : « Sur le bassin d’Arcachon, en face de la dune du Pyla». C’était un petit coin de paradis, une bande de sable à peine carrossable, où l’on arrivait en escarpins vernis et d’où l’on repartait avec deux tongs dépareillées trouvées au bord de l’océan. Face à Arcachon, grosse station balnéaire gonflée d’importance avec son casino, ses hôtels, et ses villas bourgeoises, « Le Ferret » n’était qu’un obscur village de pêcheurs caché dans les pins. Quand d’aventure, nous croisions une plaque 75, nous criions, n’en croyant pas nos yeux : « Maman, un parisien ! », comme nous disions : «Maman, un écureuil ! ». Alors forcément,  quand ma mère, en bonne bordelaise,  racontait dans un dîner à la capitale qu’elle avait passé Noël «sur le bassin », les convives s’imaginaient aussi sec que la pauvrette avait choppé une sacrée gastro pendant les fêtes.

Mais voilà, le Ferret est soudain devenu « tendance ».Cela a commencé par une émission de Thalassa en vantant les charmes sauvages, cela a continué par un  tube d’Obispo (« Je suis tombée pour elle, tatatata…»), puis par une pandémie d’articles dans la presse féminine, (des mannequins albanaises cheveux au vent, connaissant le coin comme moi la banlieue de Tirana). Il y a quelques mois, il y a eu encore la sortie du film Les petits mouchoirs. (Ambiance rires gras, vannes salaces et quiproquos scatologiques). Et puis enfin le coup de grâce : les révolutions de Jasmin. Tels une nuée de sauterelles, les bobos se sont abattus sur la presqu’île.  On les voit s’ébattre sur la plage ou gesticuler sur leur pinasse, bronzés mais point trop à cause des mélanomes et parce que le teint carotte cela fait Pallavas les Flots. Les hommes rentrent le ventre, et les femmes bombent le torse pour remonter les seins qu’elles veulent absolument exhiber, (quand leurs filles de cinq ans portent deux pièces … Allez comprendre).  Chaque jour, dans Sud-Ouest c’est une nouvelle star, (Lucchini, Zabou, Renaud,…,),  qui vient parler du Cap-Ferret qu’elle prétend  « ado-o-o-orer », cette menteuse, depuis qu’elle est haute comme ça.

L’immobilier flambe. Ostréiculteurs et retraités  cèdent pittoresque masure ou pavillon sans caractère répondant au doux nom de Paulette  au prix d’un relais de chasse Napoléon III.

Ils n’ont pas tourné les talons que les bobos, cruels épurateurs du Ferret, rasent Paulette – seule la parcelle les intéressait- pour construire une manière de cabane tchanquée en bois (typique de l’Ile aux Oiseaux, au large du Cap-Ferret) qui accueillera leur famille devenue nombreuse à force de recomposition. Le commerce s’en ressent. Sur le marché, le montant des transactions sur les pêches de vigne et les melons charentais frôle celui de Fauchon. Madame De Pereira, qui tient la supérette, a désormais deux caissières sous sa houlette, et a troqué ses petites bagues à tous les doigts pour une seule, très grosse, à l’annulaire. L’année prochaine, nul doute que cette réfugiée rouge espagnole  écrira sa particule avec un « d » minuscule.

La droguerie, muée boutique de déco, ne vend plus de toiles cirées mais des pieds de lampes en bois flotté. La boulangère,- blouse en nylon, petit chignon gris et gras, moustache héréditaire de mère en fille, biceps comme ma cuisse, teint d’hostie et pain délicieux-, celle qui m’accueillait, enfant, d’un sonore « Kestuveu ? », vient de passer la main  à une bimbo aux baguettes décongelées. L’antique pâtissière de Frédélian, qui jusqu’à l’an dernier, continuait de poser ses additions sur les cartons dentelés de ses gâteaux a aussi tiré sa révérence. Le restaurant Hortense, à La Pointe, que j’ai connu dépôt de pain et bureau de tabac, accueille désormais des hommes aussi providentiels que Tom  Cruise et Nicolas Sarkozy. Avec ses huîtres rôties et sa vue imprenable sur les passes, il fait bisquer son concurrent, le très snob Bistrot du Bassin. Celui-ci, depuis qu’il a été repeint en taupe et adoubé par le Gault et Millau, a fait comme erase sur sa modeste extraction. Sauf que moi, je me souviens de son vrai patronyme : Le Bayonne. Cela tenait à la fois à la fois du cinéma et du snack, et c’était le rendez-vous favori, les jours de pluie, des campeurs de Claouey, la commune « popu » sise entre Bordeaux et le Cap-Ferret. En 1984, j’y ai vu Fort Saganne dans les odeurs de frite froide.

Ne reste plus guère sur la presqu’île, qu’un seul monument pittoresque et authentique, qui devrait être classé au patrimoine de l’Unesco, protégé par le conservatoire du littoral : « Monsieur Jacques », maître nageur de la piscine autoportante du club Mickey. En costume d’époque, (le moule-bijoux-de-famille noir bien sûr. Le très politiquement correct caleçon bayadère ne passera pas par lui), le dos tanné comme une couenne de chameau après trente ans dos au soleil à surveiller la brasse des 4-6ans, la crinière poivre et sel un peu dégarnie, il tient plus, on est d’accord, de Franck Dubosc dans Le camping que de François Closet dans Les petits mouchoirs. Mais il est, -comment vous dire ? -, notre Richard Wallace à nous. Enfin au moins à moi, aborigène du Cap-Ferret. Car il me prend quelquefois, en surveillant mes enfants sur la plage, des envies terribles d’Intifida en paréo : Eh, les bobos ! Rendez-moi, mon Tara, ma bande de Gaza ! Vive le Cap-Ferret libre !

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15 réponses à Vive le Cap-Ferret libre !

  1. de dompsure dit :

    on devrait monter un front de libération de la cote atlantique, quand on m’en parle je dis qu’il y fait souvent frais et que le beau temps n’est pas assuré…Je suis bordelaise, un rien chauvine et je serai en face cet été.
    A plus sur le bassin!!

    • remy dit :

      Je suis d’accord avec vous, ne faite pas de publicité pour le cap, les médias s’en chargent déja trop. Moi je ne suis pas Bordelais mais le Cap il faut le conserver

  2. remy dit :

    Bonjour, très bonne image et réflection du Cap que je connais depuis mes 6 ans en fin d’année 50. où je passais mes vacances en famille dans les 44 hectares, mais continue toujours à passer mes vacances, le plus souvent hors période d’été avec aujourd’hui femme & enfants. Le Minbeau était présent en premiere ligne, la petite épicerie « chez Berguin » la mère Denis » la blanchisseuse, et la société « les glacières de Paris » où l’on pouvait acheter des pains de glace. Les pinasses qui ressemblaient à des pinasses, la Vigne avant son port, les rue du Cap sans trottoir banalisé. C’est vrai que l’on parle beaucoup trop du Cap, les articles de presse ne m’interesse plus, mais pour moi le Cap reste le Cap que j’ai connu simplement sans bobos.

    • Véronique Berguin dit :

      Bonjour, vous avez connu Mme Berguin ? Avez-vous plus de renseignements car je suis une Berguin et j’aimerai savoir si elle est de ma famille. Merci

  3. leglise dit :

    merçi a vous de parler du cap ferret d avant et surtout du bayonne.
    je suis né juste en face car mes parents tenait une epicerie poissonnerie
    on peut parler aussi de mr LUCASSON qui reparer des matelas a cote du bayonne et qui avait un petit magasin a cote de « chez beauduc » (la vrai quincaillerie d autrefois),qu il ceder a son neveu sa s apelle depuis » CHEZ CHAMPION »

  4. pilgrim dit :

    Bonjour
    decouvert le cap y’a 4 ans .
    merveilleuse rencontre avec ce lieu incroyable de vacances entre océan et bassin.
    j’ai appris a lire un tableau de marée (oui oui faut pas etre surdoué mais quand meme je suis lorraine…) je suis venu vous envahir pendant2 semaines 3 ans de suite j’ai ecrasé de mes pieds tendre de terrienne la dune du pilat par 2 fois (je sais c’est anti écolo) mais c’est tellement beau. j’ai goulument gouter la soupe de poisson du marché et j’ai mitraillé avec avidité et surement maladresse (car je ne suis pas photographe ) vos paysages merveilleux afin de vous les voler un peu.
    mais je ne suis pas une vilaine bobo cramoisie je n’ai pas surfé sur la vague tendance du cap mais juste une découverte au hasard du catalogue de vacances du ministère des finances. et en plus ça rime.et c’est rue de la douane que j’ai posé mes valises de congés payé un peu fauché.
    j’ai passé autant de temps que possible a pied et à vélo pour pas poluer plus l’air marin. et je me suis baignée à coté du club mickey.
    j’ai bravé l’autoroute des vélos entre l’herbe et cap ferret .
    j’y reviendrai un jour peut être plus tard car j’aime le changement mais mes yeux se régalent régulièrement des pinasses du sable blanc.
    soyez pas trop dur avec nous et bon vent .
    P.S j’ai pris des clichés sympa cette annéedont un qui m’a paru un peu insolite jepeux vus le soumettre si vous voulez.
    a bientot

  5. Mel Bun Siu dit :

    Le Cap-Ferret est un endroit que j’aime beaucoup visiter, une belle localité qui serait, en effet, dommage de voir perdre par sa personnalité petit à petit.

  6. karine dit :

    Bonjour,
    Aaah le Cap-Ferret ! Moi aussi, j’ai le coeur qui bat plus fort quand je vois le phare au loin. Bordelaise, J’ai passé tous les étés de mon enfance, puis de mon adolescence dans une merveilleuse pension de famille du nom de « Plume au vent ». J’ai appris à nager au club Mickey, j’ai fait la folle sur la plage, bref, j’étais au paradis.
    Et j’ai été consternée, moi aussi, de voir à quel point la clientèle avait changée.
    Expatriée depuis plusieurs années dans les Landes, j’y reviens toujours, en Juin, en Septembre, avec mes enfants devenus grandes, mais hors saison, lorsque people et starlette ont fait leurs bagages.
    Alors, oui, je donnerai beaucoup pour revoir le Cap Ferret que j’ai connu enfant.
    Mais, petit espoir, les modes passent, et peut être que les bobos se trouveront un autre endroit pour déposer leurs serviettes griffées dans quelques années.
    A bientôt

  7. HERVE dit :

    Bonjour,
    Moi aussi c’est le Cap-Ferret de mon enfance que j’ai tellement adoré que j’ai tout fait pour y vivre, un rêve de vie, le rêve d’une vie. Aujourd’hui j’y vis depuis 12 ans avec 2 jeunes enfants, un jolie « cabane en bois » et un vieille pinasse ostréïcole que je bichonne tout l’hiver, le rêve devenu réalité. Et bien non tout a effectivement changé.
    Les étés sont de plus en plus difficiles d’année en année, mais celui qui vient de passer est le pire vécu. En effet vol des bijoux de ma compagne, vol de son sac à mains sous nos yeux chez des amis par la jeunesse dorée parisienne qui n’a plus de limite, agression par les cyclistes qui se croient avoir tous les droits sur les routes du Cap-Ferret sans parler des incivilités sur le plan d’eau, des problèmes de voisinages… Bref le dégout total, un projet de vie qui s’écroule! Aujourd’hui je n’ai qu’un rêve, c’est fuir cet enfer, je ne peux envisager de voir mes enfants grandir dans ce climat affreux qui n’est en aucun cas représentatif de la vrai vie. Mais malheureusement fuir est difficile avec deux emplois sur la commune, alors j’espère que les nerfs tiendront encore longtemps. Je suis convaincu que nous ne retrouverons jamais le Cap-Ferret qui nous a tant ému.
    Ce qui est sûr c’est que maintenant je n’y passerai plus mes vancances.
    Je suis ouvert ouvert à la création d’un front de libération du Cap-Ferret, qui d’après ce que j’ai pu observé existe déjà.
    A bientôt peut-être dans un autre paradis. (j’en ai déjà repéré quelques uns que le garde secrets)

  8. bouvet dit :

    bonjour quelqu’un pourrait’il me dire ou se trouvait en 1975 le petit cinema au cap ferret car j’y louais une maison a cote.j’y retourne souvent maintenant avec mes enfants mais je ne retrouve pas le coin. merci

    • Gabrielle Cluzel dit :

      Jusqu’au début des années 90, il y avait un cinéma appelé Le Bayonne derrière le phare en lieu et place de l’actuel Bistro du Bassin…

    • Jean Barbier dit :

      Il y en avait aussi un à Petit Piquey, à côté d’un bar qui existe toujours et qui s’appelle le Taouley.

  9. bonobo dit :

    Sacrée bonne idée que de sanctuariser la zone, vive l’autarcie, le refus du monde moderne et des autres. Une sorte de « Bobo » à l’envers !!!
    Et avant, les pêcheurs des années 50, ils pensaient comme vous ?

    Essayez d’intégrer, d’expliciter et de trouver un compromis qui permettra a votre cher endroit de continuer à vivre.
    Aucun endroit n’est la propriété de quiconque.
    Un futur envahisseur

  10. ABODI Brigitte dit :

    Bonjour
    Depuis plusieurs semaine je me renseigne sur Lége Cap Fere .
    J’aimerais m’y installer avec ma fille de 15 ans.
    Je vois pas de lycée? pourriez vous me dire ou il y a merci .
    Je suis une personne a mobilité réduite depuis 5 ans suite a un A.V.C
    Pr contre sais vrai que les loyer son tres cher avez vous des bon plan pour se loyer a des prix raisonnable merci a tous.

    Brigitte

  11. Jean Barbier dit :

    Par leur présence estivale, massive et ostentatoire, les bobos tuent ce qu’ils viennent chercher, le charme de l’authenticité. Mais ils font vivre toute la presqu’île, en construisant des maisons qu’il faut ensuite entretenir, en allant au restaurant, au marché, en dégustant des huîtres, etc … Reconnaissons leur donc une utilité sociale ! Et puis pourquoi venir comme eux, entre le 15 juillet et le 15 août ? Je vis à l’année ici et la période hors-saison est encore plus belle que l’été. Il est possible au visiteur de se loger très bon marché, tout le monde se connait, tout le monde se parle, « comme avant ». Pourquoi aussi ne privilégier que le Ferret même ? Qui s’arrête aux Jacquets, au Four, à Piquey ? L’âme de la presqu’île s’y est pourtant réfugiée, laissant la pointe aux estivants. Et puis malgré tout ce qu’on peut reprocher au Ferret, et c’est parfois fondé, on y est toujours mille fois mieux qu’ailleurs, mieux qu’en face, mieux qu’en cette France, telle qu’elle est devenue. Le Ferret, c’est encore un petit bout de la France « d’avant ».

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