Agnès de Nanteuil versus Lucie Aubrac

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La biographie que Christophe Carichon nous offre de la jeune résistante bretonne Agnès de Nanteuil est à faire lire aux adolescents, car elle  bouscule les dogmes et met à bas ces équations faciles, qu’au lycée depuis quelques dizaines d’années, les professeurs d’histoire plus encore que les professeurs de maths affectionnent  et assènent doctement à nos enfants.

Agnès de Nanteuil est née en 1922. Elle avait donc treize ans de moins que Simone de Beauvoir et sept ans de plus  qu’Yvette Roudy. Sauf que si d’aventure Yvette et Simone l’avaient croisée, elles l’auraient trouvée à coup sûr tout à fait cucul,  terriblement « catho coincée ». Pas leur genre du tout. L’archétype, même, de la jeune fille rangée que Simone refusait d’être. Il faut dire qu’Agnès était une jolie fille toute simple, aînée d’une fratrie turbulente de six enfants élevée dans la joie, la foi chrétienne et le sens du sacrifice. … De quoi donner la nausée, on s’en doute, à la compagne de Jean-Paul Sartre.

Dotée d’une personnalité bien trempée, Agnès était engagée dans le scoutisme, très pieuse, (elle avait même pensé un moment rentrer au couvent), et avant de suivre une formation d’infirmière elle avait envisagé modestement de suivre une formation dans un institut ménager… parce que cela se faisait à l’époque et parce que le train de vie familial, plus modeste que celui des Beauvoir, ne l’autorisait sans doute pas  comme Simone à faire fi des contingences  matérielles pour ne se consacrer luxueusement qu’aux grandes questions ontologiques, (Naît-on femme ou le devient-on ?). Preuve en tout cas qu’il n’est pas besoin d’être une intellectuelle éthérée pour faire montre de courage.

Car  les deux féministes Yvette et Simone, elles, auront pu vieillir douillettement comme deux douairières  au coin du feu, tandis que la très féminine Agnès de Nanteuil est morte en 1944 « comme un homme », après une lente agonie, d’une balle meurtrière durant sa déportation, alors qu’elle avait été faite prisonnière par les allemands pour acte de résistance (elle était agent de liaison). En 2002, La très féminine Agnès de Nanteuil a rejoint le cercle fermé, viril s’il en est, de ceux qui ont donné leur nom à une promotion d’élèves officiers à Coëtquidan.

Il y aurait donc d’autres exemples que Lucie Aubrac de figures féminines de la résistance ? Mais celle-là, peu de chance que l’on donne son nom à un collège ou à une école primaire. Pensez, elle n’est pas drôle, elle n’est pas communiste. Pire, elle est catholique.

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« Agnès de Nanteuil (1922-1944), Une vie offerte »  par Christophe Carichon

Artège, 18€

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