In memoriam Caroline Aigle.

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 Caroline Aigle est morte le 21 août 2007, il y a tout juste quatre ans.

Qui ne connaissait pas alors cette jeune femme de 32 ans au patronyme prémonitoire ?

Originaire de Montauban, fille de médecin militaire, elle avait passé son enfance en Afrique avant de rejoindre à l’âge de 14 ans le collège militaire de Saint-Cyr l’Ecole puis d’effectuer ses classes préparatoires au prytanée de La Flèche. Reçue à la fois à Normale Sup et à Polytechnique, elle avait fait le choix d’intégrer l’X, dont elle était sortie major avant de rejoindre l’école de l’air de Salon de Provence.

En 1999, à l’âge de 24 ans, elle était devenue la première femme brevetée pilote de chasse.

Intelligente, courageuse, volontaire, audacieuse, il est certain que cette jeune femme l’était. « Un symbole », « un emblème », « une pionnière », « un espoir pour toutes les jeunes filles désireuses d’embrasser une carrière jusque là exclusivement masculine », sont les mots qui sont revenus le plus souvent dans la presse pour lui rendre hommage en cette fin de mois d’août 2007. C’était oublier cependant que son dernier combat, Caroline Aigle l’avait livré sur un terrain  féminin, exclusivement et intimement féminin. Si Caroline Aigle avait pu à force de travail et d’opiniâtreté atteindre les sommets de la bravoure masculine, son ultime acte d’héroïsme, lui, n’est pas, ne sera jamais, à la portée des hommes.  Cette sorte de supériorité féminine là, noble entre toutes, devrait donner matière à réfléchir aux féministes de tous poil, dont le prurit agressif semble animé par un confus complexe d’infériorité.

Comme  sa vie, sa mort aura été foudroyante et  hors norme. Au début de l’été 2007, on détecte chez Caroline Aigle  un mélanome. Caroline est alors enceinte de son deuxième enfant. Les médecins lui recommandent d’avorter. Pour mieux la soigner et parce que l’on sait que la grossesse accélère le processus malin. Mais, rapporte sobrement son époux Christophe Delatelaere, – ancien pilote de chasse lui-même-, « Elle ne pouvait pas arrêter la vie d’un être qu’elle avait porté pendant cinq mois ». Elle a donc décidé, contre l’avis médical, de poursuivre sa grossesse.

Tous ceux qui ont eu, de près ou de loin, l’occasion de la rencontrer ont été frappés, dit-on, par  sa modestie, son humilité discrète. Major de polytechnique  mais  aussi championne de triathlon, cette femme titulaire de près de 1600 heures de vol et qui projetait d’être spationaute, partout accueillie comme une héroïne, au Salon du Bourget comme à la « Fête de la femme », n’a pas mis un instant son extraordinaire destin en balance avec celui bien précaire du tout petit être fragile qu’elle portait dans son ventre. Elle ne se croyait pas le droit de sacrifier cette petite vie pour tenter de sauver la sienne, si brillante fût-elle. De son enfant elle disait,- son mari la cite encore- : «Il a droit à ses chances comme moi ». Sonbébé, grand prématuré de cinq mois et demi est né dix-huit jours avant la mort de sa maman. On l’a appelé Gabriel. Un prénom  « ailé » pour l’aider à prendre son envol.

Durant de longues années, on a cité en exemple aux jeunes filles modernes son parcours pugnace et valeureux. Il faudra encore leur citer en exemple son dernier sacrifice, qui n’est pas sans rappeler celui de Jeanne Beretta Molla.

Que Caroline Aigle repose en paix.

 

 

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4 réponses à In memoriam Caroline Aigle.

  1. CC84 dit :

    j’ai lu sa biographie. une vie bien remplie effectivement. par contre je ne la comparerai pas à Jeanne Beretta Molla dans la mesure où Caroline Aigle n’a pas fait ce choix par conviction religieuse…

  2. marciaux dit :

    Bonjour, j’ ai connu Caroline au lycée militaire de St Cyr l’ école. Déjà à l’époque Caroline c’était « le tête et les jambes » , je suis profondément touché par son destin. Je tiens également à saluer son frère.

  3. Sylvia dit :

    j’ai lu le livre de J.D. Merchet « Caroline Aigle: vol brisé », et effectivement on peut dire que Caroline avait une personnalité à part. Avec un destin aussi à part. J’aurais aimé avoir sa force de caractère !
    Je pense à la maman de Caroline qui a également perdu son mari de cette terrible maladie, je pense à son frère Luc, et bien sûr à Douky et ses enfants.

  4. isabelle dit :

    Je suis très touchée par cette histoire. Femme, Militaire, Officier manifestement dotée de qualités exceptionnelles tant humaines que professionnelles, elle force le respect et l’admiration et nous pousse à être meilleures nous les femmes militaires, mères et officiers à la fois . Je pense très fort à ces enfants et les espère heureux malgré le vide que son départ aura laissé.

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