Ecoles : Le privé sous contrat a-t-il encore quelque chose à vendre ?

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En ce mois de rentrée, je me pose cette question lancinante : Pourquoi, comme des milliers de catholiques aussi benêts que moi, ai-je inscrit mes enfants dans une école privée sous contrat ? Oui, je vous le demande, pourquoi ? Ces écoles-là ont un prix. Un prix moins élevé que les écoles hors contrat puisqu’elles bénéficient, en échange de leur allégeance, d’un certain nombre de subventions auxquelles par nature, ces dernières ne peuvent prétendre, mais un prix certain. Les écoles hors contrat vous coûtent un bras, mais vous savez  pourquoi. Les écoles sous contrat, elles,- à quelques rares exceptions près -, présentent une valeur ajoutée qui reste à définir, bien cachée, si bien cachée que je désespère de la trouver. Dans notre monde capitaliste de libre échange, l’école sous contrat serait donc le seul  bien que l’on achèterait sans aucune contre partie, de façon purement irrationnelle, par une sorte de dépense absurde et masochiste ?

Dans ces écoles là, on va souvent par habitude. Une sorte d’inertie familiale, un vieux réflexe de Pavlov : Bonne-Maman est une ancienne élève du Sacré-Cœur. Allez lui annoncer que ses petits enfants rentrent à la laïque… C’est que l’on est avec Bonne-Maman comme Potemkine avec Catherine II. On lui cache tout un tas de trucs, pour ménager sa santé et ne pas lui faire peine. Elle continue donc benoîtement de croire que les barrettes qui circulent dans « son » Sacré-Coeur ne sont que de petites choses enrubannés d’organdi que l’on accroche sur les têtes des filles, et à tout ignorer de la nature des graffitis au compas qui ornent les pupitres vernis et les murs des cabinets,  à faire rougir un régiment de sapeurs et défaillir toute la congrégation de sœurs qui lui faisait autrefois la classe. Les bâtiments imposants, – anciens couvents ou petits séminaires -, les vitraux intacts des chapelles, les noms de saints illustres frappés en lettres d’or sur le fronton, (de vous à moi,  m’est avis que  certains, forcés d’apporter muettement leur patronage, doivent se retourner dans leur châsse), ne sont plus que des décors de carton pâte. Des cache-misère, des .voiles pudiques.

On peut aussi faire ce choix par espoir d’y trouver de meilleures fréquentations. Un leurre le plus souvent. Car s’ils sont quelques uns, bien mouchés, bien peignés, le cartable sagement vissé sur le dos, à attendre frileusement serrés contre les jambes de leur mère l’appel de leur nom le jour de la rentrée, aucune chance qu’ils ne se retrouvent dans la même classe. Il ne faudrait pas créer de ghettos. De bantoustans dans lesquels ces minorités opprimées que sont les enfants bien élevés  pourraient se serrer les coudes.

La directrice a donc soigneusement pris soin de les disperser dans les classes. Cela s’appelle la mixité sociale, héritière, selon elle du «Nous sommes tous frères, aimons-nous les uns les autres ». Quand ces écoles se souviennent soudain quelles sont chrétiennes, c’est pour faire montre d’un angélisme béat. Les directeurs de prison eux-mêmes ont compris qu’il fallait séparer les caïds des petites frappes, qu’on ne mélangeait pas sans dommage les grands criminels et les petits délinquants. Dans cet univers semi carcéral qu’est l’école, on continue de nier la réalité, en s’imaginant avec naïveté que le bon, -maigrelet, timide, seul de son espèce-, va déteindre sur la vingtaine de brutes et de truands. 

On peut quelques fois avoir l’espoir louable de faire changer les choses. On s’imagine que l’on saura aider un corps directorial auquel on s’efforce gentiment de trouver des excuses : Que voulez-vous,il est pris en otage par ce fameux  « contrat ». Des otages, soit, mais atteints du syndrome de Stockholm. Qui embrassent leur geôlier sur la bouche. Ils courent devant, en font des tonnes. Même les écoles publiques quelquefois ne sont pas si zélées. Ainsi l’école Saint-Dominique de Saint Herblain a-t-elle fait sans sourciller le choix l’an passé d’accueillir dans son corps enseignant un travesti. Quelle sorte de contrat lui imposait pareille initiative ?

On cherche alors un niveau scolaire ? Pensez-vous. Nombre d’entre elles accueillent au contraire dans un grand élan fraternel les enfants pudiquement dits « à problème » que l’école publique, qui n’a pas les mêmes délicatesses, a renvoyés.

Le dernier argument plaidant en faveur de l’école privée sous contrat m’a  été avancé par une  aide-ménagère martiniquaise : elle l’a livré avec un franc-parler sans complexe autorisé par sa couleur de peau : Dans les écoles privées, puisqu’il faut payer, les populations des cités à la puberté précoce sont peu  représentées. Le climat du collège y est de ce fait plus calme.

Elle-même m’a confié travailler dur pour réussir à offrir cet environnement à ses deux enfants.Un avantage on s’en doute que ne saurait revendiquer haut et fort l’enseignement privé. On tente plutôt de vendre un projet éducatif fumeux. A la dernière rentrée j’ai pris des notes, la directrice était très flattée, je sentais qu’elle me regardait comme on couve des yeux les premiers de la classe, les seuls qui suivent. Si elle avait su la pauvrette. C’était splendide, un vrai morceau d’anthologie. Elle nous a parlé « valeurs humanistes d’une école qui sait s’adapter aux changements de son temps ». Elle a évoqué un livret tout nouveau du « Bien vivre ensemble » pour ouvrir « des « pistes de réflexion, des questionnements » sur « les valeurs citoyennes et le respect de la différence ».

Certains, pourtant, ont pris conscience de l’extrême vacuité du système, comme Mgr Cattenoz par­ exemple. Il s’est aussitôt attiré une ribambelle d’ennemis. Forcément. Imaginer par exemple faire du catéchisme dans une école catholique, c’est un  peu fasciste, non ?

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4 réponses à Ecoles : Le privé sous contrat a-t-il encore quelque chose à vendre ?

  1. CC84 dit :

    là encore je me retrouve parfaitement !!!!

  2. Ambroisine dit :

    je me souviendrai ma vie entière des journées pédagogiques pour « réorganiser » la pastorale. Notre directeur, probablement un disciple de Mgr Cattenoz, voulait faire du catéchisme « obligatoire » : disons plutôt qu’il y avait des cours de catéchisme à plusieurs niveaux (initiation, préparation d’un sacrement, et « catéchisme de persévérance »). Pour les réfractaires indécrottables, il mettait en place un cours de simple culture religieuse. Il est vrai qu’il ne faisait pas mystère de son désir d’évangélisation, ou au moins de sa volonté de proposer la foi catholique à tous.
    Ce fut un tollé parmi mes collègues : ils n’avaient pas choisi l’enseignement privé pour son identité catholique, mais pour d’autres choix qu’ils n’avaient à justifier auprès de personne, ils énonçaient assez violemment un retour à l’ordre moral ! Je me souviens même que quelqu’un a fini par faire allusion aux « heures les plus sombres de notre histoire »…

    Ce jour-là, j’ai su avec certitude que j’avais fait le bon choix en inscrivant mes enfants à l’école communale de mon petit village de campagne. Tous mes scrupules se sont envolés… et ne sont jamais revenus.

  3. Claire dit :

    un remontant pour mon moral en berne deux jours après la rentrée scolaire, où je rumine, fulmine et fustige …. en vain,contre l’école plus très catholique sous contrat de ma fille !
    Par contre, STOP aux idées reçues : les écoles hors contrat sont généralement MOINS onéreuses que les écoles sous contrat. Et oui! il faut le savoir et le faire savoir.
    je ne parle pas du primaire (car je ne me suis pas penchée sur la question, faute de solution près de chez moi) mais des pensions collège et lycée.
    Sans parler du « retour sur investissement » ! rien ne console plus de l’effort financier que le sourire d’un garçon épanoui et heureux !

  4. Daisy Duck dit :

    Mon fils est en primaire HC et sa scolarité ( il est pensionnaire) nous coute quasiment le même prix que s’il était pensionnaire en privé sous countrat … le sourire en plus !!!

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