Michèle a peur des rappeurs

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Toutes celles qui lisent un peu les journaux féminins le savent : Leur point commun essentiel est l’abyssale vacuité de leurs éditoriaux. Vrai, on finit même par s’émerveiller devant tant de… rien.

En général c’est une journaliste régulière du canard qui s’y colle. Elle essaie la plupart du temps, comme une vraie éditorialiste dans un vrai journal, de balayer les sujets principaux du numéro, de faire une petite synthèse, quoi. Mais il faut reconnaître, pour sa défense, que faire la transition entre les pages actu et le dossier cosmétique n’est pas toujours simple. Alors forcément, le résultat ne ressemble pas à grand-chose : Les enfants sont les premières victimes de la sécheresse en Afrique, et ça c’est drôlement triste, prolonger son bronzage de l’été c’est possible, et ça c’est vraiment chouette. Mais quelquefois, pour changer, on délègue ça à un homme, un romancier connu par exemple. Et on sent dans ces cas-là, que le type en question marche sur des œufs, se méfie de ces chipies de lectrices. Un faux pas est si vite arrivé, et hop on se fait scotcher aussi sec une étiquette de phallocrate sur le front (dégarni). Alors le romancier fait son fayot, se lance dans un morceau de bravoure sirupeux et flagorneur : Ah, l’ineffable mystère, la beauté solaire de la femme moderne, les effluves de parfum que l’on hume dans son sillage à la sortie du métro (on ne doit pas prendre les mêmes lignes), les jupes qui dansent autour de ses cheville graciles… ça frise quelquefois le canular. Il ne se paierait pas notre tête des fois ?

Donc, comme d’habitude, il y a de cela quelques semaines, je m’apprêtais à tourner au plus vite vite la page « Editorial » du numéro 3423 du magazine Elle, (écrit, – nous étions dans la première configuration-, par Michèle Fitoussi, une habituée des colonnes). Et puis le titre a arrêté mon geste : « Rap et dérape». Elle a raison Michèle. Le rap qui dérape, c’est un vrai sujet. Bon, certes, cela fait des années qu’on en parle,- les  incitations au viol, au meurtre, à la haine raciale, les crachats sur  le drapeau et les insultes aux forces de l’ordre, Fuck the keufs et Nique la France…-, ce n’est plus franchement un scoop, mais mieux vaut tard que jamais, hein ?

Sauf que hé,hé… je n’y suis pas, mais alors là, pas du tout.  Pour Michèle Fitoussi, le dérapage du rap tient en une seule chanson, toute récente, un tube de l’été, au refrain selon elle terriblement choquant, provocateur et dérangeant, dont elle fait avec une gravité douloureuse l’objet de son article :

Aurélie n’a que 16 ans et elle attend un enfant,
Ses amis et ses parents lui conseillent l’avortement,
Elle n’est pas d’accord elle voit les choses autrement,
Elle dit qu’elle se sent prête pour qu’on l’appelle  »maman ».
Celui-ci c’est pour toutes les aurélies,
Celles qui ont données la vie,
Pour toutes les Aurélie,
Oy, mère à tout prix..

Michèle Fitoussi a peur, très peur : Imaginez que ces  paroles irresponsables soient récupérées par des mouvements pro-vie, ou dissuadent même certaines jeunes filles d’avorter ? Si maintenant le rap se met à copiner avec le pape…

Non, c’est vrai. Le Colonel Reyel est un dangereux délinquant. Les rappeurs sont quand même nettement moins gênants quand ils appellent à saigner les flics plutôt qu’à pouponner.

 

 



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