Carla, mère courage.

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Une des marques du règne Sarkozy  est sans doute une façon inédite de taper familièrement dans le dos de la France, de s’épancher devant elle sans retenue avec un mélange de morgue et de naïveté.

C’est l’épisode Séguéla,- « Si on n’a pas de rolex à 50 ans on a raté sa vie »- , comme si l’animal  n’avait pas compris, à son âge, que l’on réservait ce genre de sortie pour un dîner arrosé entre vieux beaux trop bronzés du même monde.

C’est Cécilia, en son temps, confiant à la presse ses états d’âme de potentielle première dame de France, comme elle l’aurait fait  à une vieille copine autour d’une tasse de thé chez Angelina : « Je ne me vois pas en first lady. Je ne rentre pas dans le moule, ça me rase. ».

C’est le Président lui-même, traitant de « pauv’con » un quidam lui ayant manqué de respect devant toutes les caméras réunies  de la même façon que s’il avait été en tête à tête avec son volant, dans un embouteillage derrière un automobiliste emmanché . On croyait cependant qu’avec le temps, les uns et les autres étaient parvenus à se corriger de cette fâcheuse « impulsivité »qui leur avait joué des tours, à acquérir, en somme, cette qualité que l’on appelle la décence.

Las, c’était compter sans Carla.

Carla, enceinte, qui vient de confier « qu’elle n’en peut plus ». Non, vraiment c’est très dur. «Je dois rester assise ou allongée la plupart du temps. Ne plus fumer ni boire ». Un proche précise : « Carla continue de jouer de la musique, de composer.  Elle lit, regarde des films, téléphone longuement à ses amis »,

On pleure tout de suite ou on attend un peu ?

Attention, ma chérie, tu vas finir par agacer. Car vois-tu, « ne plus en pouvoir » suppose de l’épuisement, de l’exaspération, de la souffrance. Certes la douleur est quelque chose de très subjectif et peut-être ton échelle de Richter à toi est-elle spécialement minuscule. Seulement il est des propos qu’il vaut mieux ne tenir que devant sa mère ou sa sœur. Pas devant un pays tout entier. Sauf à vouloir passer pour une provocatrice.

Envers toutes celles par exemple qui souffrent de stérilité, et accepteraient mille fois de rester sagement assises quelques mois sans boire ni fumer pour accéder enfin au bonheur d’être mère. Envers toutes les françaises enceintes, qui elles n’en peuvent réellement plus : des transports, de leur  travail, du ménage et des lessives, et qui resteraient bien volontiers toute la sainte journée pendues au téléphone, paresseusement lovées sous la couette. Envers tous ceux enfin qui viennent d’être frappés par le malheur et qui ont de vraies raisons, légitimes et objectives de « ne plus en pouvoir ».

Comme cette jeune femme dont le mari a trouvé la mort récemment en Afghanistan, dans le crash de son hélico. C’était au mois de juin, quand justement tu posais sur la plage de Cap-Nègre main dans la main avec Nicolas, sous ton grand chapeau et dans ton petit bikini révélant tes rondeurs naissantes, Tiens, quelle coïncidence, cette jeune femme doit accoucher elle aussi en octobre. Mais la comparaison s’arrête là. Désormais seule pour élever ses quatre, -bientôt cinq-, enfants,  il est assez peu probable qu’elle ait actuellement le loisir de gratter la guitare alanguie dans ses coussins. 

Mais tu ne la connais pas. Comment la connaîtrais-tu ? Ton état t’a empêché de te rendre à la Garden Party du 14 juillet, à laquelle étaient conviés cette année, évènements obligent, tous ceux dont un proche avait trouvé la mort ou avait été blessé sur le théâtre afghan. Pourtant, quelques jours plus tôt, tu étais venue, radieuse, accueillir sur le tarmac de l’aéroport les deux otages journalistes. Mais l’empathie ne se commande pas, n’est-ce pas ?

Il est probable que d’autres premières dames aient connu par leur maternité certaines affres, et des affres autrement plus grandes que celles de devoir se passer d’une « clope et d’un verre ».

Tante Yvonne dont on a souvent dit pourtant qu’elle n’avait pas inventé la fil à couper le beurre, ne s’est jamais plainte, publiquement en tout cas, de « ne plus en pouvoir », bien qu’élever sa fille Anne atteinte de trisomie n’ait sans doute pas toujours été une sinécure.

On doit reconnaître le même mérite, – les soucis de santé de sa fille Laurence étant à présent connus -, à Bernadette Chirac.

C’est comme cela. On peut être une première dame grande, -1,76m  paraît-il-, mais ne jamais parvenir à être une grande première dame.

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