Forces spéciales, le cinéma français autrement.

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Oui,  je sais. Les fins cinéphiles amoureux de Rohmer, thuriféraires de « The artist » et  autres films pour esthètes raffinés ricanent dédaigneusement. Même les aficionados de Schoendoerffer tordent le nez. Ils me jettent un regard en coin comme s’ils m’avaient surprise en train de dévorer un bouquin Harlequin série « tentation ». M’en fiche.  Ils ne m’empêcheront pas de continuer à penser que le film Forces spéciales, avec toutes ses imperfections, -ses répliques parfois un peu faiblardes, ses moyens artisanaux, et ses deux ou trois sacrifices au politiquement correct-, mérite d’être vu. Cent fois plus en tout cas que tout ce qui sort actuellement sur les écrans. D’abord, il fait montre d’une vraie capacité à faire rêver les adolescents.  Pour une fois, m’a confié l’un d’eux, qu’un film est à la gloire de notre Armée et pas à celle des Américains… Bien sûr, le budget n’est pas le même que celui des poids lourds d’Outre Atlantique, et sans doute la musique relève-t-elle plus de celle d’un documentaire du SIRPA que de Gladiator. Et alors ?

Si Forces spéciales a été éreinté par la critique, il ne faut pas s’y tromper. Comme le dit Stéphane Rybojad, son réalisateur,  ce qu’on lui reproche d’abord, c’est de « ne pas avoir fait un film à charge contre l’Armée ».

Ensuite, ce film ne  pollue pas. En matière de production cinématographique, il devrait y avoir aussi des normes écolos. Un label bio, pour l’éducation durable : garanti sans parabens de la pensée, ces agents cancérigènes de l’intellect de nos enfants.

Ce que c’est reposant. Il n’y est question ni d’homosexualité, ni d’échangisme, ni d’inceste, ni d’adultère, ni de divorce,  ni de suicide, ni d’avortement, ni de pédophilie, ni de harcèlement sexuel. Encore plus dingue, on n’y parle pas de racisme, de repentance, de sexisme, de complot clérical pervers, de fascisme, de nazisme, de collaboration ni même de torture.

Mais me direz-vous, que reste-t-il donc ? De quoi peut-il bien y être question ?

Mais de valeurs simples et éternelles, « Celles de frères d’armes qui sont aussi vieilles que la Grèce antique : la solidarité, l’engagement, le sens du sacrifice », pour citer encore le réalisateur qui dit s’être inspiré de films mythiques comme Les sept mercenaires ou Il faut sauver le soldat Ryan, et d’une idylle naissante entre un homme et une femme, (mais si, c’est encore possible), jeunes, beaux et célibataires, et qui ne « couchent » pas au bout de deux minutes trente devant une caméra complaisante.

L’histoire ? Une journaliste, (incarnée par la ravissante Diane Kruger), est enlevée par un groupe de talibans et un commando des Forces Spéciales  a pour mission de  la délivrer et l’exfiltrer. Un commando composé de braves gars un peu « basiques », un peu rustauds, à l’humour souvent lourdingue. La vraie vie en somme. Si l’Armée ne comptait que de grands penseurs devant l’Eternel, des régiments de Psichari et de Crabe Tambour, cela se saurait.

Certains personnages peuvent quelquefois, il faut l’avouer, manquer d’épaisseur, mais celui, par exemple, qu’incarne Benoît Magimel est touchant. Un Magimel autrement plus sympathique en jeune capitaine amoureux qu’en bobo  torturé par sa bisexualité (confer « Les petits mouchoirs »). Forcément, un scénario aussi «normal » et rafraîchissant, un divertissement familial sans prétention dans la grande tradition des westerns et des films de guerre, qui se termine en sus par un hommage à nos soldats tombés en Afghanistan doit en défriser plus d’un.

Rien que pour cela, Forces spéciales mérite d’être salué, non ?

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2 réponses à Forces spéciales, le cinéma français autrement.

  1. Patrick dit :

    100% d’accord.
    On peut ne pas être militariste et aimer ce film. Ça change des superprod américaines. Les images sont magnifiques et le stress présent à chaque instant. La claque, quoi. L’accueil réservé par la critique est une véritable injustice,représentant une forme de mono-pensé « intellegensiaeque » sur ce que doit être un film français de nos jour. En plus il n’est programmé que dans 200 salles sur 850!!Allez voir ce film haletant. Cela vous changer a des blockbuster américains et des sempiternelles histoires franchouillardes « scénario-mouchoir à 1h23, puis 1h48″..C’est au milieu…!-)))

  2. Anne dit :

    Merci de votre critique. J’ai bien aimé Forces Spéciales, sans plus, mais bien aimé mais j’ai aussi adoré the Artist! Pourquoi vouloir opposer les films et ceux qui les aiment ?
    Par contre, pas convaincue par Magimel qui ‘déroule’ dans un rôle très téléphoné. Mais bon, avis perso… J’ai largement préféré Raphaël Personnaz qui lui, en bien moins de temps que Magimel et les autres, arrive à donner une intensité et une émotion fortes à son personnage.

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