Marche pour la vie : La sainte alliance.

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Tous les grands-parents vous le diront : Il n‘est jamais facile de fêter Noël dans la cathodiversité. Mais cette année, les réunions de famille, c’était vraiment Kaboul.

Il y a longtemps, même si l’on est tous catholiques pratiquants,  que l’on n’espère plus réveillonner ensemble. Car pour cela il faudrait se mettre d’accord pour une messe. Et là inutile d’y penser : Il y a les aficionados de l’office anticipé, (« Comment voulez-vous que les enfants tiennent debout jusqu’à l’aube ! », et les tenants irréductibles de la messe à Minuit (« Ah,ah ! Le réveillon le 24 à 20h, et hop, au dodo ! Cette bonne blague. Autant manger le gigot pascal le samedi Saint), et je ne vous parle pas bien sûr des profondes divergences liturgiques. On ne se rencontre même plus sur les paroles d’Il est né le divin Enfant : Jour de fête aujourd’hui sur terre pour les uns, jouez hautbois résonnez musettes pour les autres.

On se retrouve donc le 25 pour le déjeuner. Mais là, dès l’ouverture des cadeaux, on sent une tension palpable même chez les enfants : Nintendo DS et sac Vanessa Bruno chez les uns, avec sourire goguenard en direction des cadeaux ante diluviens des autres : raquette de ping-pong et œuvres complètes de Trilby. A table c’est tout pareil. A celle des petits, y a ceux qui adooooorent le foie gras et ceux qui l’aiment beaucoup car bien sûr on n’adore que le Bon Dieu. A celle des grands, il y a ceux qui pensent que l’interprétation de Vatican II a posé quelques petits problèmes et ceux qui jugent que Vatican II est un vaste problème à lui tout seul. il y a ceux qui trouvent que le pape en fait trop et ceux qui conidèrent qu’il n’en fait pas assez. Et au milieu, ceux qui jugent qu’habemus plutôt papam correct, non ?  Bref, Jean qui rit, Jean qui grogne, et Jean circonspect. Pour ne pas faire de peine aux grands-parents, on essaie d’éviter les sujets qui fâchent. Mais, dame, c’est que tous les sujets fâchent.

Les écoles ? Il y a ceux qui ne jurent que par le hors contrat, ceux qui dissertent à l’envi des inconvénients d’ « élever-ses-enfants-hors-du-monde-avec-des-oeillères »… , et de citer en rigolant la petite machin, -« Vous la connaissez, hein Bonne-Maman, la petite machin ? »-, tombée enceinte sitôt sortie de chez les bonnes sœurs, et ceux qui n’ont toujours pas tranché et hésitent encore pour la rentrée prochaine.  

Le théâtre ? A côté du cas Castellucci l’affaire Dreyfus est une bluette. Il y a ceux qui crient à la christianophobie et ceux qui trouvent qu’il-ne-faut-pas-exagérer-non-plus-et-voir-le-mal-partout. Et ceux enfin qui ne savent pas trop quoi en penser, tout cela est bien compliqué.

Le cinéma ? Jean-qui-rit a adooooré Les intouchables, « Un bel hymne à la vie, à l’amour, à l’espérance…vous devriez aller le voir, Bonne-Maman ! » et conspue Jean-qui-grogne qui ose toucher aux Intouchables, (« intouchables Intouchables », comme dirait Basile de Koch), et n’y a vu, pessimiste comme il est,  que l’apologie du cannabis, l’allusion au saphisme, et un bel hymne au politiquement correct. Jean Circonspect, lui, a la tête qui tourne, il ne sait pas, il ne sait plus… il y a du pour et du contre, hein ?  

Même la pluie et le beau temps, de nos jours, avec le réchauffement climatique, ne sont plus sujets si neutres qu’il y paraît.

Au retour, dans la voiture, on s’en veut « d’en avoir parlé », mais tout de même on trouve les autres bien naïfs, ou bien paranoïaques…, ou encore diablement agaçants à jouer en permanence les casques bleus irrésolus. La charité est une vertu théologale à usage externe : Voyez comme ils s’aiment, tu parles.

Et puis, le 22 janvier dernier, il y a eu la Marche pour la vie. Une marche a priori aconfessionnelle qui a cependant cette particularité pour les catholiques, (surtout depuis que le corps des évêques consent prudemment à y tremper le bout de l’orteil), de  réussir là où même le miracle de Noël semble avoir échoué : Sous ses banderoles, elle réunit chaque année presque tous les gens de la cathosphère, qu’ils grognent, qu’ils rient ou qu’ils tergiversent encore, qu’ils préfèrent égrainer le chapelet en queue de cortège ou danser sur le Colonel Reyel en tête de manif.

Pour la défense de l’enfant à naître, ces « Réseaux cathos » qu’évoque Marc Baudriller dans son ouvrage éponyme cesseraient d’être comme des voies ferrées bien parallèles indifférentes les unes aux autres pour converger enfin. La sainte alliance de la carpe et du lapin. Pourvu que ça dure.

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