Le blues de la jeune mariée.

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Depuis deux mois, les salons du mariage battent leur plein. Pour un mariage dans l’été, il est plus que temps de s’y mettre. Des centaines de jeunes femmes fébriles, – on ne parle plus de jeunes filles-, arpentent les allées à la recherche du détail original et suprêmement raffiné qui fera du jour J un évènement inoubliable supplantant les réceptions de leurs copines. Mais attention, méfiance, gare à la gueule de bois du lendemain. Le journal Libération vient de le révéler dans un article intitulé « Après les cloches, le bourdon », ne se faisant en cela que l’écho de multiples forums féminins : On a découvert,  chez une population inattendue, une nouvelle forme de déprime : le «burn out »  des jeunes mariées. Passées les agapes, elles seraient de plus en plus nombreuses à sombrer dans la déprime.

Après des semaines d’essayage de robe, de multiples passages chez le coiffeur à la recherche DU chignon glamour, de tergiversations sur la couleur du cortège et des nappes, et de calligraphie appliquée pour les faire parts et les plans du dîner avec son cortège de dilemmes cruciaux (et les tables, on leur donne le  nom d’îles des Seychelles ou de films de Bébel?), c’est le grand vide, le trou noir.

Pour expliquer ce curieux phénomène, un sociologue et une psychanalyste tombent d’accord : «Le mariage était un passage nécessaire pour tout jeune couple qui souhaitait vivre ensemble, expose Jean-Claude Kaufmann. Aujourd’hui, il a perdu son caractère obligatoire, mais reste un marqueur symbolique. Cet engagement (…) ne se matérialise plus par l’emménagement sous le même toit, mais par une fête, une célébration qui annonce la volonté de se projeter dans l’avenir à deux.» Sophie Cadalen complète : «[Le mariage] est vécu aujourd’hui comme une mise en scène : une vitrine sociale obligée. Les mariés sont comme des comédiens qui investissent des rôles et le répètent pendant des mois. Mais à force de privilégier l’événementiel, on néglige l’intimité de cette fête. Une fois la représentation terminée, la pression se relâche et la déprime comble ce vide.». Pour la faire courte, le mariage a été vidé de son contenu, le jour J n’est plus qu’un (coûteux) décor de Disneyland pour planquer un néant abyssal. Comme des mètres de papier de soie et de bolduc doré que l’on déploierait, le jour de Noël, pour refourguer aux enfants de vieux jouets usés traînant dans leur chambre depuis des années. Forcément, il y aurait de quoi leur filer le cafard. Pour la jeune femme moderne, le mariage est un vieux truc d’occasion dont elle a déjà fait le tour mais auquel elle pensait dur comme fer pouvoir redonner du lustre en le remballant dans une belle boîte. Mais non, rien n’y fait, déception totale. Car la réalité est là : des années que l’on vit ensemble… Forcément, on a beau en faire des tonnes, louer un hélicoptère pour la sortie de la messe ou porter un diadème comme Kate et Charlène, il faudra bien, tôt ou tard, regagner son deux-pièces à Colombes avec les deux brosses à dent trempant dans le même gobelet, et même une nuisette toute  neuve ou une semaine à l’autre bout du monde, (offerte en lieu et place de la traditionnelle liste de mariage puisque bien sûr on a déjà monté tout son ménage), ne sauraient rendre la nervosité joyeuse, l’émotion, l’impatience, les découvertes d’une union sans cohabitation préalable.

C’est si vrai que les « wedding planners », comme on appelle ces sociétés d’événementiel spécialisées dans l’organisation des noces,  recommandent désormais aux futurs mariés de se séparer quelques semaines avant le jour J, de retourner par exemple chacun chez papa et maman dans leur petit lit étroit d’adolescent avec l’ours en peluche sur le couvre-lit et le poster de cheval sur le mur, histoire d’aiguiser un peu les sentiments, de développer le romantisme bref d’éviter le désenchantement.

C’est aussi ce que préconisent les curés depuis bien longtemps. Preuve que l’Eglise est un wedding planner plutôt performant. Et un poil plus économique que les autres avec ça.

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3 réponses à Le blues de la jeune mariée.

  1. pherenike dit :

    Mais pourquoi alors veulent-ils/elles tous se marier ?

  2. Punxo dit :

    Cela m’évoque vraiment l’idée que l’objectif initial du mariage s’est peu à peu transformé pour finalement devenir une sorte de « rêve éveillé » tant convoité par des jeunes femmes qui auraient envie de vivre « comme des princesses » une fois dans leur existence : « je suis au centre de l’attention dans ma belle robe de Cendrillon ».

    J’ai le vague sentiment que son but est peu à peu oublié, à savoir : on s’engage symboliquement, physiquement, émotionnellement avec l’autre après avoir réfléchi au futur en tant que mari et épouse, pas seulement comme un couple homme / femme.

    Le mariage est certes, un grand événement pour lequel la famille, les amis se réunissent, cette festivité qui entoure l’union de deux personnes qui ont le profond désire de passer leur vie ensemble. Mais non, clairement, ce n’est pas rien comme projet (tant financier, qu’émotionnel)… On dirait que certain(e)s l’oublient et transforme cet événement a ressemble à du marketing bidon bourré de fanfreluches et d’idées reçues où tout ce casse la gueule après car, le « rêve est fini ».
    C’est triste.

  3. Tchetnik dit :

    Le mariage, qui devrait être un moment de beauté, de profondeur, de dignité et (surtout) d’amour en est réduit à une pure opération marketing par les uns, une pure démonstration de force de richesse et d’ascendant social par les autres.

    On est loin de Victoria et d’Albert…

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