Une chose est certaine : Dimanche à La Rochelle, iront secrètement voter pour Ségolène toutes les Madeleine Chapsal, les Françoise Chandernagor, les Sylvie Brunel du coin, toutes les femmes bafouées dont l’épisode du twit Trierweiler est venu gratter les vieilles plaies.
La femme mûre Ségolène, drapée dans sa dignité outragée, encore belle malgré ses traits affaissés et marqués par les fatigues de la campagne, qui en appelle à toutes les mères pour supplier que l’on préserve au moins ses enfants, en a fait plus auprès de son électorat féminin que toutes les supposées bonnes copines, les Cécile et les Martine venues lui prêter main forte.
La journaliste Christine Clerc, elle-même, est prête à verser une larme. Déjà l’an passé, elle avait été outrée, comme nombre de ses consoeurs, par l’inconséquente goujaterie du candidat Hollande contenue dans son « Valérie est la femme de ma vie ». Et celle qui l’a rendu père, alors ? Qui était à ses côtés durant toutes ces années ? Cela sentait son homme faible, qui pour avoir la paix dans son nouveau ménage est lâchement prêt à toutes les ingratitudes, y compris celle de faire publiquement « erase » sur vingt-cinq ans de vie commune et quatre enfants. Un syndrome que connaissent bien les « premières épouses », et que relate Chandernagor dans son livre éponyme, mais aussi Chapsal dans La femme abandonnée ou encore Brunel (ex-Besson) dans son Manuel de guérilla à l’usage des femmes.
Elles sont nombreuses, à travers la France, à avoir connu les galères, les aigreurs, les vexations rentrées, les couleuvres avalées de la famille monoparentale et à s’identifier aujourd’hui à Ségolène Royal, (même si celle-ci est encore loin, n’est-ce pas, de faire des ménages pour nourrir ses petits). Elles sont nombreuses à avoir soutenu, accompagné, encouragé dans l’adversité, les espérances et les déceptions d’un conjoint au début de sa carrière, et à regarder de loin, à l’âge mûr, une autre qu’elles sous les lambris dorés, pendue au bras d’un chef d’entreprise, d’un magistrat, d’un préfet, d’un général arrivé au faîte de sa gloire.
Mais Valérie aussi a ses soutiens. Parmi celles qui deviennent folles à tenter de délier sans succès les mille et un fils qui relient un homme à ses premières amours, comme les enfants par exemple, dont la scolarité et les soucis quotidiens sont l’objet, entre les parents séparés, d’interminables conversations téléphoniques. Si folles qu’elles tentent à l’encontre de leur malheureuses rivales des entreprises parfaitement déraisonnables, et mortifères tant pour leur compagnon que pour l’avenir de leur nouvelle union.
Hollande a donc réussi, malgré lui, son pari de présidence normale. Les affres que traverse son ménage sont, celles terriblement ordinaires, d’une famille recomposée moyenne, et auront eu au moins la vertu de mettre la loupe sur un phénomène souvent minimisé.
Ces crêpages de chignon de gynécée ne sont pas sans rappeler les conflits de concubines décrits dans la Chine de Pearl Buck ou dans le Sénégal de Birago Diop,
sauf que l’enjeu est un perchoir à l’assemblée plutôt qu’une paire de boucles d’oreille. Comme s’ils étaient issus en somme d’autres civilisations que la nôtre. Signe sans doute que la révolution sexuelle est finalement venue à bout de la régulation des rapports homme femme et de la monogamie qu’avait mis sur pied, à travers le mariage chrétien, notre culture occidentale.
D’aucuns diront que tout cela n’était trop souvent dans les sphères politiques que façade hypocrite, que Mitterrand cachait Mazarine et que les maîtresses de Giscard et de Chirac étaient, dit-on, innombrables. Une façade hypocrite qui pourtant, de l’aveu même de la très soixante-huitarde Sylvie Brunel, avait au moins l’avantage d’exiger de l’homme volage qu’il sauve les apparences et assure un statut décent à « La première épouse ».
Anne-Aymone, Danielle et Bernadette moins humiliées que Ségolène… et sans doute aussi, à la réflexion, que Valérie.

Rien de grave
Un soupçon d'imprévu