A la poursuite d’Octobre rose.

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Comment va-t-on les appeler ?  Sous-marinières ? Cela fait un peu tricot de corps, mais bon.

« Il n’y a plus que les homosexuels pour vouloir se marier et les femmes pour avoir envie de se faire prêtre.» lançait un humoriste il y a quelques années. Et les jeunes filles pour vouloir embrasser la carrière de sous-marinier aurait-il pu rajouter. Car alors même que dans certains pays, cette spécialité pointue et exigeante peine parfois à trouver des candidats, le débat sur la mixité des sous-marins français est encore relancé, dans une question écrite au ministre de la défense publiée dans le Journal Officiel du Sénat le 19 juillet dernier, par un sénateur socialiste du Finistère (département qui accueille les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins), Maryvonne Blondin. Celle-ci a rappelé à cette occasion qu’en Norvège, un pacha féminin a été affecté à un sous-marin en 1995, et que la Royal Navy a annoncé vouloir intégrer une femme sur un de ses SNLE fin 2013.

Il est vrai qu’alors que depuis 1993, la Marine Nationale poursuit une politique d’ouverture au personnel féminin, avec 46 bâtiments de surface à équipage mixte et cette année la première femme contre-amiral après une vraie carrière opérationnelle, on ne compte pas une seule femme parmi les 2 000 membres d’équipage des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (avec missiles nucléaires), basés à l’Ile-Longue, ou des six sous-marins nucléaires d’attaque (armes conventionnelles) basés à Toulon. Pourtant, même si la féminisation des sous-marins n’est pas à l’ordre du jour, la Marine nationale travaille sur le sujet, puisque par anticipation ses sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) du type Barracuda, dont la livraison interviendra à partir de 2017, sont conçus pour embarquer du personnel féminin.

Selon Maryvonne Blondin les risques pour la santé habituellement évoqués, (menace sur les foetus à cause de poussières nocives et risque de stérilité due aux radiations dans les sous-marins nucléaires), ayant été écartés par des études récentes, il n’y aurait plus aucun obstacle à cette ouverture aux femmes des sous-marins.

Sauf que comme le laisse supposer Marc Gander officier de communication de la Marine, si les autres armées ont ouvert leurs sous-marins aux femmes, c’est d’abord pour élargir un vivier passablement maigre de volontaires (pour parler clair, l’enfermement dans une grosse boîte de conserve, les longues patrouilles, l’absence d’escales exotiques, les quarante mots par semaine échangés avec la famille, – rien que des bonnes nouvelles pour ne pas affecter le moral des troupes-, la formation difficile et la forte pression du métier peuvent en rebuter plus d’un). Mais en France, affirme Marc Gander, la pénurie n’est pas encore prégnante. Et cet argument ne saurait contrebalancer les multiples inconvénients auxquels ne semble pas avoir songé la véhémente Maryvonne.

Il y a tout d’abord, argue Marc Gander, le retour très aléatoire sur investissement : Une formation de sous-marinier est longue et coûteuse, en raison de l’aspect « nucléaire ». « Statistiquement, les femmes quittent la Marine au moment où elles deviennent mères, vers 35 ans, alors que les gens sont rentables à partir de 30 ans ».

Mais ce n’est pas tout. Si favorable aux femmes et égalitaire que la proposition de cette chère Maryvonne ait l’air, les choses ne sont dans les faits pas si simples. D’abord  l’idée ne séduit pas toutes les femmes…. Surtout pas les compagnes des dits sous-mariniers qui voient d’un assez mauvais œil la proximité prévisible de ces équipages mixtes. Car la réalité est là, même si la pratique de la « bannette chaude », (pousse-toi de là que je m’y mette), n’existe plus depuis la fin des sous-marins classiques et même si les quartiers hommes et femmes seront théoriquement séparés, la promiscuité inhérente à l’exiguïté des lieux restera dans la pratique très importante. On repense bien sûr à cette riposte gaillarde de l’Amiral Louzeau, (Chef d’état major de la Marine de 1987 à 1990 qui commanda en son temps Le Redoutable), à la socialiste Edwige Avis, secrétaire d’état auprès du ministère de la défense, qui avant Maryvonne  Blondin avait abordé le sujet : « Au bout de 70 jours, je ne réponds plus de rien ! ». Ou comment faire d’A la poursuite d’Octobre rouge un Loft story sous les mers.

Ensuite, sous couvert d’égalité, c’est au contraire un profond sentiment d’injustice que peuvent engendrer le confort et la priorité d’installation même minimes dont on devra nécessairement faire bénéficier la gent féminine à bord. (Pourquoi par exemple faudrait-il mobiliser l’une des deux douches pour trois ou quatre filles quand le reste de l’équipage devrait s’entasser dans l’autre?). Trop d’égalité tue l’égalité. Cette différence de traitement entre hommes et femmes risque de mettre à mal la cohésion et le « fighting power » nécessaires  à la réussite de la mission et qui passe, à grade et qualification équivalents, par une égalité de traitement.

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