Discrimination dans les cantines scolaires, jusqu’à quand ?

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Avec la rentrée, va reprendre la guerre de la cantine scolaire.

Souvenez-vous, c’était il y a exactement un an : La FCPE, (Fédération des Conseils de Parents d’Elèves), s’était indignée de ce qu’elle appelait une « discrimination grave », la plupart des  villes en  France restreignant l’accès de la cantine aux enfants de chômeurs. La presse s’en était fait l’écho, et avait conduit le député socialiste de Bordeaux Michèle Delaunay, en février dernier, à déposer un projet de loi visant à « affirmer de manière plus formelle » dans le Code de l’éducation un « droit à la restauration scolaire » permettant à tous les enfants, sans distinction, de bénéficier de ce service.

Mais rien n’est réellement réglé, (même si plusieurs tribunaux ont tranché en faveur des parents chômeurs), et le feu n’est pas éteint. Aussi, il y a deux jours, Dominique Baudis, défenseur des droits, a-t-il lancé une grande enquête sur internet visant à collecter des témoignages sur l’accès à la cantine scolaire dans le public.

Pour quel motif les cantines refusent-elles leur accès aux enfants de chômeurs? Parce qu’il est établi comme règle dans l’immense majorité d’entre elles que les parents doivent tous les deux travailler pour y avoir droit.

Si la presse et certains politiques semblent tomber des  nues, les mères au foyer ont connaissance depuis longtemps de cette restriction, elles qui se voient refuser à chaque rentrée scolaire le moindre jour de cantine au motif qu’elles ne travaillent pas et n’ont donc qu’à s’occuper des repas de leur progéniture.

Ces ménages-là, dont un des parents a fait le choix de rester à la maison pour s’occuper des enfants, participent pourtant comme les autres, par leurs impôts, au financement public de ces cantines, pourquoi donc n’auraient-ils pas le droit d’en profiter ? Seraient-ils des administrés de seconde zone ?

Mais en matière de restauration scolaire, l’injustice ne s’arrête pas là. Il y a un autre cas patent de discrimination , dont sont victimes cette fois les écoles privées.

On le sait, le privé est cher, très cher. Un coût qui ne comprend pas seulement les frais de scolarité stricto sensu, mais aussi ce que l’on nomme pudiquement les frais annexes, frais de transport mais aussi et surtout note de cantine, qui font gonfler de façon astronomique la facture. L’Ecole Saint Jean Ulst à Versailles l’annonce, par exemple, de façon très claire sur son site dans l’onglet  « restauration » : trois  jours de cantine par semaine conduisent à majorer les frais de scolarité de près de 70%…

Éric de Labarre, secrétaire général de l’Enseignement catholique, le disait déjà en 2009 : Ces frais «deviennent dans certains cas insupportables, surtout pour les familles qui scolarisent plusieurs enfants». On l’a compris, ce sont encore les familles nombreuses qui trinquent.

Le repas facturé entre 2 et 4 € (selon le quotient familial)   dans le public, coûte de 6 à 9 € dans le privé… pour une même prestation. Car pour ce prix là, pas d’ortolan ni de repas bio mais  rigoureusement les mêmes fournisseurs que dans le public. Pas de «marge » non plus, on  nous l’affirme, prélevée au passage par les établissements privés eux-mêmes.

Certaines écoles, ne disposant pas de leurs propres locaux, (comme l’Institution Saint Pie X à Saint Cloud), « profitent » du reste de ceux de l’école publique la plus proche, avec cette contrainte de devoir faire déjeuner tard leurs élèves, (il faut attendre que ceux du public aient terminé)…, et avec le risque, malgré le prix exorbitant, que certains plats se trouvent en rupture de stock et que le prestataire ouvre à toute hâte, en dépannage, un paquet de jambon sous cellophane en lieu et place du steak servi une heure plus tôt. Bref, un prix presque trois fois plus élevé pour avoir « les restes ».

L’explication ? Elle est très simple : Locaux, prestataires de restauration, coûts de surveillance sont certes les mêmes, mais dans le public, ces frais sont financés par la municipalité. Ils sont, dans le privé, totalement à la charge de l’école. Et donc des parents. Des parents qui, par leurs impôts, paient donc  deux fois la scolarité, mais aussi, plus pernicieusement, deux fois la cantine.

Pour les écoles privées qui ne sont pas des écoles de quartier,  la cantine n’est pourtant pas qu’un confort : Elles est indispensable, nombres d’écoliers n’ayant matériellement pas le temps de rentrer chez eux à l’heure du déjeuner. Certains parents trouvent à s’arranger  entre eux en faisant des échanges…, d’autres se résolvent à donner un peu d’argent à leur progéniture, avec mission d’aller acheter « la formule », – beaucoup moins chère que la cantine-, dans la boulangerie la plus près de l’école. Est-il bien prudent cependant de laisser de jeunes enfants errer dans la rue ?

La solution ? La « lunch box » anglo-saxonne, pique-nique chaud préparé le matin, mais qui nécessite malgré tout un lieu d’accueil et quelques surveillants…, ou la bonne volonté des municipalités : Certaines, comme celle de Boulogne dans les Hauts-de-Seine, ont montré la voie depuis quelques années en subventionnant, dans le primaire, la cantine des écoles privées à même hauteur que celle des écoles publiques.

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5 réponses à Discrimination dans les cantines scolaires, jusqu’à quand ?

  1. On oublie souvent aussi que la cantine est un service public et qu’à ce titre il y a une obligation d’égalité d’accès à tous les usagers !
    Quand aux lunch box, beaucoup d’écoles privées qui les toléraient il y a une vingtaine d’année les interdisent maintenant sous le fallacieux prétexte de l’hygiène. Je pense qu’en temps de crise, tolérer ces lunch-box serait la moindre des choses à faire et bizarrement, les américains pourtant très hygiénistes ne sont pas gênés par ce principe. Les Associations familiales catholiques travaillent sur le sujet des cantines depuis un bon bout de temps et ont rédigé une notice sur la conduite à tenir en cas de refus. Ecrire aux élus avec un bon argumentaire est aussi redoutablement efficace ! J’ai pu le tester.

  2. Les associations de parents d’élèves arrivent tant bien que mal et aux forceps à faire « tolérer » les lunch box. Dans un groupe scolaire très prisé du VI, les enfants n’ont tout simplement pas le droit de sortir de l’enceinte de l’établissement. Il faut inscrire son enfant pour au moins deux repas (fourchette tarifaire haute) et les parents « les moins aisés » peuvent fournir un repas deux jours dans la semaine. C’est considéré comme une faveur, et c’est dit haut et clair….MAIS, je rajoute : C’est un choix. J’ai connaissance du règlement et des tarifs : Si j’inscris mon enfant dans tel ou tel établissement, je sais pourquoi je le fais et j’en accepte les contraintes financières souvent lourdes. En revanche, interdire la cantine sous prétexte de « maman qui ne travaille pas », c’est abjecte. J’ai souvenir d’un refus de cantine pour l’un de mes enfants, alors que j’attendais mon 3 ème et avec une recommandation de mon médecin -J’étais alitée- La mairie n’a rien voulu savoir. Honteux .-A côte de ça, un « accord » entre la gendarmerie voisine et la mairie, accordait aux épouses de gendarmes l’accès sans restriction aucune à la cantine . Sans commentaire :) – Je précise que c’était une « magouille » locale. Je ne généralise pas-

  3. Marie dit :

    Beaucoup de nos voisins européens utilisent le système de « lunch box », sans locaux ni personnel supplémentaire. Pour le primaire, l’instituteur reste 20 minutes dans sa classe avec ses élèves ; il en profite pour déjeuner… lui aussi ! La propreté ? aucun problème ! en début d’année, il fait réaliser un large set de table par ses élèves dans le cadre d’un cours de dessin ou autres arts plastiques, ou bien leur demande d’apporter à l’école un carré de toile cirée et un torchon, qui sera lavé à chaque vacances. Un peu de rigueur et de discipline, et le tour est joué ! Le reste de la pause déjeuner se passe dans la cour. C’est simple, bon marché, et propre : de toute leur scolarité, aucun de mes enfants n’a rapporté le moindre cahier taché. Le jour où nos écoles privées se lanceront à montrer l’exemple en s’inspirant de celui de nos voisins, nous aurons fait un grand progrès. Le prétexte des locaux manquants et du personnel qui coûterait cher est fallacieux. Car, en plus, les enfants ont leur propre tour de rôle pour balayer la classe. Très éducatif, de surcroît !

  4. anne dit :

    Heureuse de lire vos propos en ce jour de rentrée. Autour de nous, l’idée de la lunch box traverse l’esprit de beaucoup de parents sans que personne ne pose franchement la question. Un peu comme le problème des voyages scolaires : tout un débat là encore. Des voyages « d’intégration » pour sixièmes à près de 400euros, sympa pour les bourses plates….et les 20 enfants qui ne partiront pas.
    Bref, c’est toute une histoire, il est bon de lire que certaines écoles ont franchi le pas : cela aide dans les argumentaires !

  5. Bonjour,
    Concernant les discriminations à l’accès aux restaurations scolaires, pour les enfants dont un des parents ne travaille pas (chômage, longue maladie, choix ou contrainte), je signale le blog http://www.enfants-tous-egaux.fr qui fournit des informations pouvant être utiles aux démarches des parents ou associations (et à certaines collectivités?). Notamment des éléments juridiques sur lesquels appuyer des demandes.

    Bien cordialement
    http://www.enfants-tous-egaux.fr

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