Education civique : Le zèle du privé sous contrat.

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L’histoire se déroule dans une des écoles privées les plus huppées et élitistes de l’Ouest parisien.

Dans cet établissement, aucun risque pour les professeurs de se faire souffleter ou étrangler par quelque maman un peu nerveuse. On est loin  des incivilités diverses qui ont occupé l’actualité il y quelques semaines, les réunions de rentrée ressemblent à un cocktail de fin d’été à l’Ile de Ré.

Même si dans leurs lettres de motivation, 90 % des parents évoquent leur attachement aux valeurs catholiques, l’instruction religieuse n’est pas un enseignement obligatoire à part entière, – c’est une école « sous contrat » -, la catéchèse étant laissée à la bonne volonté de parents bénévoles.

Il est un autre catéchisme, en revanche, qui est enseigné « à l’ancienne » avec leçons à apprendre par cœur, questions-réponses, et compositions sanctionnées par des notes comptant dans la moyenne générale, c’est le petit livre rouge du politiquement correct.

Un  professeur d’histoire-géo en 5ème a préparé avec beaucoup de zèle son interrogation d’éducation civique portant sur le chapitre « Des êtres humains, une seule humanité » : après avoir donné la définition du mot discrimination, puis expliqué les paroles  de la chanson Francis Cabrel « On nage dans le même aquarium, on partage le même royaume », il s’agissait de dénoncer diverses discriminations sur une petite bande dessinée: Une dame comme il faut croise deux homos se donnant la main dans la rue. Au dessus de sa tête, une petit bulle livrant ses pensées : « Dis-donc, ils ne manquent pas de culot ces deux-là ! » Pour avoir tous les points, il fallait répondre dans l’espace prévu à cet effet : « Cette discrimination  est tournée  contre les homosexuels, donc c’est de l’homophobie ».

Sur le dessin suivant, ce sont les deux homos en question qui croisent une femme voilée : «Tu as vu celle-la, chuchote l’un ? Elle pourrait faire un effort pour s’adapter ». Cette fois il fallait écrire : « Cette  discrimination est tournées contre la différence de religion. C’est de la xénophobie ».

Un dernier dessin clôt l’interro : selon la logique ébauchée par l’exercice de l’arroseur arrosé, il devrait mettre en scène à son tour la femme voilée dans le rôle du discriminateur, mais sans doute ce cas de figure est-il inimaginable,  inconcevable, impossible. Exit, en effet, la femme voilée. Le coupable est cette fois un gros Dupont Lajoie narquois et provocateur qui croise un jeune de banlieue à la peau basanée : « Hé bonjour Bamboula ! Comment ça va là dis donc ? Présentement ; Grouille-toi tu vas rater ton charter pour ton pays ! ». Le jeune a tout entendu mais ne dit rien.  Il  pense cependant en son for intérieur : « Sale type ! » (« Sale type », étant vraiment, tout le monde le confirmera, l’insulte caractéristique des jeunes des cités, un peu comme « flûte » est leur juron préféré). Il s’agit encore, vous l’avez compris, de xénophobie et d’une discrimination liée à la couleur de peau.

Certains parents se sont étonnés auprès de la directrice : Sans doute le chapitre «reconnaissance de l’altérité» est-il au programme d’éducation civique des 5èmes et de ce fait doit être traité, mais n’était on pas en droit d’attendre d’une école catholique un peu plus de hauteur de vue, une approche un peu moins idéologique du thème de la discrimination, (désopilante d’ailleurs eu égard à la sélection pratiquée par  l’école, et à la diversité sociale et intellectuelle quasi-nulle qui en résulte… Le cours magistral, oui,  les travaux pratiques, non).

Mais la directrice, légèrement courroucée, a apporté dans un courrier lapidaire un soutien total à son professeur qui « a voulu attirer leur attention sur certaines dérives à travers l’exercice proposé », tout au plus concède-t-elle qu’ elle lui aurait « conseillé d’aborder ce thème à un autre moment, plus éloigné de l’actualité, si cela avait été compatible avec sa progression, (…), l’actualité et la mobilisation des chrétiens face à un projet de loi qui suscite de nombreuses questions exacerbant la sensibilité des familles chrétiennes ».

« Avons-nous besoin de l’école catholique ? », tel est l’intitulé de la grande concertation qu’a lancé ces derniers jours l’Enseignement catholique.  Attention que quelques « familles chrétiennes à la sensibilité exacerbée » ne soient tentées d’y répondre  non. Non, pas de cette sorte-là.  Un lien avec la prolifération croissante d’établissements hors contrat dans les Yvelines ?

 

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4 réponses à Education civique : Le zèle du privé sous contrat.

  1. Robert Marchenoir dit :

    « Hé bonjour Bamboula ! Comment ça va là dis donc ? Présentement ; Grouille-toi tu vas rater ton charter pour ton pays ! »

    Extrêmement crédible. Frappant de vérité. Ca sent le vécu. On entend ça tous les jours.

  2. Beij dit :

    Bonjour,
    Pour quelques précisions: la planche dont vous montrez des extraits est tirée d’un manuel d’éducation civique de 5ème. Une vignette s’intercale entre l’avant-dernière et la dernière que vous produisez: dans mes souvenirs, la dame voilée, en croisant le « Dupont Lajoie » se dit : »pff, il pourrait faire un régime celui-là ».
    Je recommande vivement à chaque parent de feuilleter n’importe lequel de ces manuels (pour ma part, je ne les utilise pas). Car ils respectent assez bien l’esprit des programmes (disponibles sur le site eduscol)… L’objectif des programmes serait-il de préparer une guerre civile qu’on n’utiliserait pas d’autre type de propagande… Le dessinateur a dû sentir cela confusément ? Est-ce pour cela qu’il reprend, au premier degré, ce sketch des inconnus « United colors of bandes de … : c’est pas parce qu’on est différent qu’on est plus intelligent » ? Je me pose la question.
    Sinon, dans le même genre, pour le même chapitre, la mode parmi mes collègues en ce moment : « la discrimination à l’embauche(-des-jeunes-de-banlieue-de-couleur ») et « les inégalités homme-femme » (j’adore). Cela donne des documents et des propos absolument délirants… De mon côté, je passe très vite, rappelle la loi sans les trémolos que certains croient obligatoires. J’aime bien notamment passer une demi-heure à redonner au mot « discrimination » son véritable sens. Et pour rester dans le programme, ajoute que l’on passe notre temps à discriminer, en posant à mes jeunes élèves quelques cas très pratiques : une vieille dame ou un aveugle dans le tram, que faut-il faire ? etc.
    Bref, le ver n’est pas dans le fruit mais dans les programmes eux-mêmes… Quoi de surprenant…
    PS : par ailleurs, j’aime énormément vos articles !

  3. M Durandal L dit :

    Bonjour,

    Il est déjà bien trop tard pour l’école privée sous contrat.
    Le recrutement ces 40 dernières années a été catastrophique.
    La conférence des Evêques vient juste de soulever le lièvre.
    Ils ont recruté en croyant « s’ouvrir » au monde. Ils ont écoeuré les non-croyants qu’ils recrutaient. Ceux-là ont été des contre-témoignage, tandis que l’Eglise croyait les évangéliser.
    Aujourd’hui ces enseignants regardent avec le plus grand mépris le clergé qu’ils perçoivent comme la dernière contrainte pour assoir leur position de fonctionnaire.
    Ces enseignants n’ont pas la foi, n’y comprennent rien, et méprisent ces ministres du culte qui leur font horreur. Ils jouent un rôle devant eux, puis, partis à la retraite, ils coupent tous liens pour reprendre leur liberté, et ceci avec le plus de douceur possible pour maintenir les naïfs dans leurs illusions. Beaucoup ne vont à l’Eglise que contraints et forcés par les exigences de quelques prélâts qui veulent monter des spectacles de messe. En dehors de cela, ces enseignants font le minimum syndical.
    Et pire : ils savent que l’Eglise n’a plus les moyens de ses ambitions et qu’elle est sous perfusion de l’Etat, sans parler du contrôle exercé par les autorités publiques, contrôle dont l’Eglise n’a même plus les moyens de s’extraire. Les écoles privées sous contrat ne perdurent que pour une seule raison : elles coûtent moins cher que les écoles publiques en faisant exactement le même travail.

    M Durandal L

  4. Les personnes qui ont été (je parle au passé, elles ont changé) à la tête de certaines directions diocésaines ont été les premières à nous dire, en formation, et alors même qu’on leur posait la question du « caractère propre » dont ils se gargarisent et de sa non-application, « c’est vous qui ferez ça, nous on a passé mai 68, on ne peut rien faire ». J’ai passé mon agrément diocésain avec une directrice qui ne faisait plus de KT (faut pas choquer les autres – qui se sont, soit dit en passant, inscrits volontairement dans une école catholique-, pas de crucifix dans les classes…). J’ai essayé d’avaler ma médaille pour qu’on ne la voit plus pendant l’entretien, trop provoquant et embrassant comme symbole. Toutes mes références (scoutisme, mej, etc…), pourtant attendues pour un tel poste, me désservaient largement. Aujourd’hui, mes enfants sont dans le public et ne s’en portent pas plus mal. Ils savent que le message de l’école n’est pas toujours celui de la maison. Au moins les choses sont claires.
    Dans le même genre, manuel de 5e « quelles sont les choses que l’on peut changer et celles que l’on ne peut pas ? » réponse de l’enseignante dans la catégorie changement « son sexe ». Ben oui, c’est d’un banal de rester une fille toute sa vie ! Autant changer puisque cela à l’air si facile.

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