Le « Girly trash », ou l’avènement du juron rose bonbon.

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« Ce qu’ils peuvent être chi…, là-bas, quelquefois ! » me dit il y a quelques semaines, en secouant une tête compatissante,  la directrice de la garderie de mon quartier, – petite cinquantaine, tailleur anthracite, escarpins vernis -, alors que je venais de lui confier mes difficultés à récupérer tel papier auprès de la Caisse d’Allocations Familiales.

« P…. ! », s’exclama avant Noël la jeune caissière de la grande surface dans laquelle je venais de faire mes derniers achats, en tentant en vain de faire avancer le tapis roulant.

« T’es c… », chuchota affectueusement avant-hier en souriant une aide-soignante dans la chambre d’hôpital d’une amie, à l’adresse d’un infirmier  qui, en passant,  lui avait glissé une petite plaisanterie à l’oreille.

Si dans le cadre professionnel, jurons et grossièretés en tous genres (plutôt réservés jusque là au plombier à plat dos dans la cuisine, la tête derrière un siphon impossible à dévisser),  deviennent monnaie courante dans la bouche des femmes, c’est que ces mots ont envahi depuis longtemps leur champ lexical dans le privé. Dernier avatar de la libération de la femme qui ne voudrait pour rien au monde avoir l’air coincé et revendique le droit de jurer elle aussi comme un charretier et de raconter des vannes à faire rougir un rapeur.

Cause ou conséquence, le « parler trash »  est devenu la norme dans la presse féminine et dans les films dits « girly ».

Le  New York Times en a fait l’objet de l’un de ses premiers articles de l’année 2013, évoquant la banalisation et la multiplication  des mots crus sur les couvertures des magazines féminins aux Etats-Unis. Mais la France, bien sûr, n’est pas en reste, Cosmopolitan et Glamour, en particulier,  pratiquant couramment le titre racoleur dit « décomplexé » (« plan c…, mode d’emploi », Un été sexy et explosif », « les secrets hot des filles nymphos »), à côté desquels ceux de Elle ou de Marie-Claire (au lectorat plus âgé), paraissent  presque collets montés.

Le magazine français Première spécialisé dans le cinéma, s’est inquiété lui aussi de ce phénomène au mois d’octobre dans un papier intitulé : « Sales et méchantes : comment la comédie girly est devenue trash », détaillant à partir du succès de la série « Sex and the city » le virage progressif des productions « romantiques » pour filles, (paillettes et rose bonbon), vers la vulgarité absolue, dont le film récent « Bachelorette » serait un emblème absolu.  « Picole, exhibitionnisme, humour cradingue… depuis 10 ans les filles se lâchent au cinéma et rivalisent de vulgarité avec les mecs. Et si Bachelorette avait atteint le point de non retour ? », s’interroge ainsi avec emportement le journaliste Jérôme Dittmar, dénonçant une farce cynique et faussement méchante, d’une vulgarité aussi inouïe que la stupidité de ses personnages. Il conclut : « Quand la femme vient à en affirmer son droit à la vulgarité ou aux blagues potaches pour défendre sa liberté sexuelle, pas sûr que l’époque ni le cinéma s’en portent mieux ».

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2 réponses à Le « Girly trash », ou l’avènement du juron rose bonbon.

  1. Robert Marchenoir dit :

    Les exemples que vous citez sont bien inoffensifs. Les femmes, aujourd’hui, sont bien plus vulgaires que cela.

  2. François dit :

    Première, le magazine qui fait en ce moment son coup de pub dans le métro avec sa une sur la comédie Spring Breakers ? Difficile de faire plus girly trash…

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