Le 8 mars, journée du mouchoir.

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femme pleurs

On connaissait depuis déjà longtemps  Le sanglot de l’homme blanc (de Pascal Bruckner ), on a découvert en 2012 le sanglot de l’homme noir (de l’écrivain congolais Alain Mabanckou), mais il y a aussi le sanglot de la femme blanche que nous réécrivent chaque 8 mars les officines féministes. Car la journée de la femme est d’abord une litanie de griefs à l’encontre de l’Occident. Il est moins fatigant, -et moins dangereux-, de gratter les chiures de mouches que de s’attaquer aux gros dossiers insolubles qui donnent mal à la tête, comme ceux que l’on voit poindre au-delà de la Méditerranée depuis certain printemps arabe. Mais depuis  le temps que l’on échange des kleenex, que l’on consacre une journée par an à mettre sur pied des «avancées », qu’en est-il réellement de la femme européenne? Qu’a-t-elle vraiment gagné depuis 50 ans ?

Selon une étude de The Telegraph, les mamans anglaises ont seulement 26 minutes pour elles par jour : « Les femmes prennent sur leur temps de détente en voulant être des mamans parfaites tout en jonglant avec leur boulot ». 56% d’entre elles trouvent qu’elles ont moins de temps libre que leurs propres mères n’en avaient à leur âge… comme si on avait rajouté quelques baleines au « corset invisible » cher à Eliette Abécassis. Une libération ?

Dans son livre Qui gardera nos enfants ?, la sociologue Caroline Ibos fait témoigner les nounous. Le jugement de ces ivoiriennes, sénégalaises ou maghrébines qui viennent s’occuper des enfants des quartiers chics est unanime : Les françaises sont stressées, nerveuses, « overbookées », incapables de se poser et de profiter de la vie. Intrusives aussi, dirigistes, exigeantes. Comme confusément jalouses, lit-on en filigrane, du temps que d’autres passent avec la chair de leur chair, dans une société qui ne laisse guère le choix, -financièrement et psychologiquement-, à celles qui aimeraient peut-être parfois pouvoir être, au moins un temps, les nounous de leurs propres enfants. Une libération ?

Sur un plateau télévisé il n’y a pas si longtemps, Nicolas Bedos, a traité une étudiante de 20 ans de P… et de quelques autres noms d’oiseaux du même genre. Mais tout cela selon lui était du registre du vocabulaire amoureux. Des petits mots doux. De la drague, quoi. Oubliées les simagrées puritaines et la galanterie chichiteuse. En même temps que les mœurs, le vocabulaire s’est libéré, et la procédure entre hommes et femmes s’est simplifiée.

Dans son témoignage  Ne deviens pas gay  tu finiras triste,  Sébastien, qui a été homosexuel,  rapporte que certains garçons viennent à l’homosexualité par « confort » : entre garçons, on ne s’embarrasse pas de fastidieux préliminaires (restaurant, cinéma, bouquets de fleurs, lettres enflammées…), on va droit au but. A la faveur de la révolution sexuelle,  ce mode de fonctionnement expéditif, – « Tu veux ou tu veux pas ? » -, a été étendu à la sphère hétéro : La dérégulation des rapports hommes-femmes, la déliquescence du mariage et de son formalisme ont  rendu le passage à l’acte plus immédiat. Mais cet écrasement des étapes intermédiaires peut conduire à quelques quiproquos quant à la notion de consentement. Des quiproquos qui s’appellent des viols, dont témoignent plusieurs jeunes filles sur les forums consacrés à la sexualité des adolescents. Une libération ?

Foin des scandales médicaux.  A compter du 31 mars, la pilule et autres « moyens de contraception faisant l’objet d’un remboursement partiel » seront gratuits pour les mineures. Mais rassurez-vous, un rapport remis l’an dernier au gouvernement sur la contraception et l’IVG chez les adolescentes préconise de renoncer au « tout pilule », pour les orienter vers l’implant contraceptif. Car les petites filles ne sont pas raisonnables. Refusent de prendre sagement leur pilule, comme elles se brossent les dents et préparent leur cartable.  Se montrent rétives à soigner leur fécondité comme une affection au long cours, de l’asthme ou du diabète. En Angleterre, dans certains établissements,  il est arrivé ces derniers mois, à l’insu des parents, que l’on équipe à la chaîne des classes entières d’adolescentes d’implants contraceptifs.  Cela s’appelle sans doute de la médecine scolaire prophylactique ?  Et pendant ce temps, les dadais que l’on sommait autrefois de « réparer» prennent joyeusement la poudre d’escampette.  Contraception, IVG, et autres instruments d’une fécondité « responsable »…,  une libération ? Oui, mais pour les hommes alors.

Allez, il y a quand même des bonnes nouvelles, un business est en train de voir le jour qui devrait drôlement plaire à Najat Belkacem, car les hommes ne pourront pas profiter sournoisement d’un congé maternité pour  évincer les femmes de leur poste de travail. Pour la bonne raison, tiens, que ce congé sera l’objet même de la boutique : La GPA. Et pour éviter les ennuyeuses crises de larmes et les défauts de livraison en bout de chaîne, on va organiser les ateliers de production de façon tayloriste, avec une parcellisation des tâches : L’une fournit l’ovocyte, l’autre l’utérus, et bien malin ainsi qui pourra dire qui est vraiment la mère.

Les femmes  n’ont décidément pas fini de sangloter le 8 mars.

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3 réponses à Le 8 mars, journée du mouchoir.

  1. Clément dit :

    Je vous ai découvert via Boulevard Voltaire et Radio-courtoisie. Et je constate que vous tenez de surcroît un très bon blog!
    Vous êtes une femme comme on aimerait en voir plus, Madame.

  2. Alphonsine dit :

    Bravo, c’est exactement ce que je pense, mais si bien dit…

  3. michel dit :

    Je viens de vous découvrir grace à boulevard Voltaire . Bravo. A 67 ans , vous m’épatez.

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