Je parle donc je suis, ou les ravages du bavardage.

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Dans la liste des fléaux qui s’abattent actuellement sur l’école, on connaît déjà le racket, la violence ou la drogue. Il en est un autre que l’on oublie souvent, tant il paraît inoffensif, presque gentillet : Le bavardage.  Dans un court essai teinté d’humour, cette normalienne professeur de philosophie vient dénoncer ce fléau des salles de classes, ce bourreau des profs, ce dictateur capricieux aussi impalpable et anonyme qu’une rumeur, cette hydre à trente têtes flanquée de ses deux hypocrites gardes du corps nommés « Yapakmoi ! » et  « Jparlèpa !» qui roulent toujours de grands yeux indignés.

Florence Ehnuel, on le pressent très vite, n’a pourtant rien d’un sévère professeur réactionnaire. Elle avoue même ingénument  avoir saintement tenu 15 ans dans l’enseignement avant de se résoudre à infliger se première punition, 15 ans durant lesquels elle a été rongée par une culpabilité sourde secrète. Car le bavardage a ceci de commun avec le viol que la victime, confusément honteuse, n’ose souvent pas se plaindre : Si mes élèves bavardent, c’est ma faute, je n’ai pas « d’autorité naturelle », cette fameuse autorité naturelle censée remplacer par son seul charisme depuis vingt ans les lignes à copier, les interros surprises, les mots dans le carnet de correspondance et les heures de colle.

Sauf que voilà, le cave se rebiffe. Florence Ehnuel en a sa claque. Elle fait comme elle le dit son coming out : oui, « je suis une « prof bavardée », en s’interrogeant « En luttant pour que l’attention l’emporte sur la distraction, suis-je un dinosaure qui appartient à un monde révolu ou suis-je en train de défendre des valeurs universelles qui restent d’actualité pour toute activité intellectuelle voire pour tout travail suivi ? ». Marre de cette génération du bruit qui porte sa logorrhée en bandoulière comme son Eastpak, ces adolescents pour lesquels la parole est un « besoin naturel » et qui ne maîtrisent pas plus leur langue que dans leur prime enfance leur sphincter, assez des parents que cette incontinence n’émeut pas outre mesure, (plutôt contents, même, de constater que leur enfant n’est pas, tare suprême de notre société de communication, un timide introverti). Bref, ras le pompon de la philosophie du « Je parle donc je suis ».

« Le bavardage, parlons en enfin » par Florence Ehnuel

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2 réponses à Je parle donc je suis, ou les ravages du bavardage.

  1. jerome dit :

    Je me souviens que tout petits, nousn ‘ avions le droit de prendre la parole
    que sur invitation, chez mes grands-parents …
    Situation quelque peu assouplie chez mes parents , bien que séverement
    controlée ( nous étions six ! ).
    Suis un inculte définitivement traumatisé ? Ben non …

    Inutile de préciser que cette règle prévalait à l’ école …

  2. marie dit :

    Voilà une vrai difficulté et même un problème grave: l’épidémie de bavardage qui a contaminé tous les élèves ces dernières années.
    Malheureusement un problème moins sensationnels que le racket et le harcèlement!
    Une solution passe peut être par rétablir l’autorité.

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